Avec quatre principaux gisements de phosphates, le Maroc dispose d’environ trois quarts des réserves globales de phosphates, faisant du Royaume le principal producteur d’engrais et d’acide phosphorique dans le monde. Le plus grand gisement du Maroc est celui de Khouribga (à environ 120 km au sud de Casablanca), avec 43% des réserves nationales en phosphates.

 

Le bassin de Khouribga (Oulad Abdoun) est une pièce maîtresse de l’important potentiel phosphatier marocain, complété par les gisements de Gantour, Meskala et Boucraâ. Bien qu’il s’agisse du plus petit gisement de phosphates au Maroc, ce dernier fait l’objet d’une campagne de désinformation périodique de la part de l’Algérie, visant à mettre en avant des mensonges autour d’un supposé pillage de ressources naturelles en lieu et place d’une réalité de terrain qui montre un important investissement de la part du Maroc pour le développement de ses provinces sahariennes.

Selon les dernières données de l’USGS (Institut d’études géologiques des États-Unis, en anglais United States Geological Survey), les réserves totales de phosphates au Maroc s’élèvent à quelque 50 milliards de tonnes, dont 800 millions de tonnes provenant du gisement de Boucraâ, soit 2% du total des réserves nationales. Malgré cette part dérisoire, les détracteurs du Maroc utilisent souvent ce gisement pour semer le doute sur les intentions du Royaume quant aux objectifs de développements des provinces du Sahara. L’affirmation a tellement circulé qu’elle est désormais reprise comme une vérité dans des publications sérieuses.

Historique du gisement de Boucraâ

Les travaux de reconnaissance minière, entrepris entre le 14 octobre 1962 et le 28 janvier 1965 par la compagnie minière espagnole ENMINSA (Empresa nacional minera del Sahara), en collaboration avec l’Institut français du pétrole (IFP), ont mené à la découverte, en mars 1963, du gisement de phosphate de Boucraâ, unique gisement de phosphates identifié à ce jour dans les provinces du sud du pays.

Durant les années 1960 et 1970, le colonisateur espagnol a effectué un investissement de masse pour prospecter les phosphates en injectant des milliards de pesetas, soit des sommes nettement supérieures à l’ensemble du budget consacré au Sahara au moment de la colonisation espagnole, et qui a permis d’effectuer environ 1.065 sondages sur l’ensemble du territoire du Sahara jusqu’à la frontière avec la Mauritanie. Ces travaux de reconnaissance menés par les équipes espagnoles et françaises, incluant des sondages, des diagraphies et des tests de radioactivité, n’ont pas permis de trouver des indices de tels gisements en dehors du centre de Boucraâ.

L’exploitation minière a démarré en 1972, mais a été interrompue en 1976 après la récupération des provinces du Sahara, et ce n’est qu’en septembre 1982 que l’exploitation a pu reprendre. Contrairement aux idées véhiculées voulant que l’État marocain ait pris le contrôle direct du gisement de Boucraâ, la réalité est tout autre. L’OCP a intégré le capital de ce gisement en procédant à l’acquisition de 65% des parts de la compagnie minière espagnole en 1976. En 2002, l’Office a procédé au rachat des parts restantes, devenant ainsi exploitant exclusif du gisement de Boucraâ.

Après le départ définitif des Espagnols, l’action sociale du groupe minier a gagné en autonomie et en ampleur. La Fondation Phosboucraâ a joué un rôle de premier plan dans ce processus, en initiant une multitude de projets de développement, notamment dans les domaines agricole et social.

Caractéristiques et étendue des phosphates de Boucraâ

Les ressources exploitables du gisement de Boucraâ se limitent à une unique couche, d’une épaisseur très réduite (entre 3 m et 4 m). En comparaison, l’Office chérifien des phosphates exploite six niveaux phosphatés dans le bassin de Gantour (sud de Marrakech) sur une superficie plus grande, soit 2.500 km² contre 400 km² à Boucraâ, et une seule couche.

La couche principale de phosphates exploitée dans le gisement de Boucraâ.

En plus de l’épaisseur réduite de la couche principale, d’autres facteurs rendent complexe l’exploitation du gisement de Boucraâ en comparaison avec les autres sites du centre du pays, nécessitant des investissements et des imprévus continus. L’exploitation des niveaux supérieurs du gisement de Boucraâ est rendue particulièrement complexe, voire quasi impossible en raison de leur faible épaisseur (quelques centimètres), leur qualité moindre et leur intercalation avec des couches siliceuses fortement bréchifiées, ce qui engendre une contamination du minerai phosphaté.

Stocks de stériles montrant la grande part des faciès siliceux par rapport au minerai phosphaté.

Aux bordures, le niveau du minerai principal présentant un faciès phosphaté meuble avec des teneurs exploitables en P2O5 se transforme en un autre faciès très dur, avec des teneurs plus pauvres en P2O5 et qui devient plus siliceux ne pouvant pas faire l’objet d’exploitation en raison de sa mauvaise qualité. Cette qualité du minerai qui se dégrade rétrécit amplement l’espace de l’empreinte minière économiquement exploitable.

Forme d’effondrement minier naturel dans le gisement de Boucraâ (source : rapport technique de Casorràn).

En raison de l’abondance des roches siliceuses, les formes de dérangement minier font leur apparition brutale dans l’exploitation. Il s’agit principalement de boules de silex géante (entre 5 m et 10 m de longueur) qui entravent l’exploitation et qui ne peuvent pas être éliminées par la machine du fait de leur poids énorme et de leur dureté. Il s’agit d’un caractère commun à l’ensemble des gisements phosphatés du Maroc mais qui devient plus pénalisant dans le gisement de Boucraâ en raison de la seule couche possiblement exploitable.

Les phosphates extraits sont chargés par une roue-pelle sur le tapis convoyeur qui les transporte jusqu’au port de Laâyoune.
Le tapis convoyeur de Boucraâ, s’étendant sur 100 kilomètres, est l’un des plus longs convoyeurs de minerai au monde.

À cela s’ajoute le fait que l’exploitation minière dans un tel environnement désertique est confrontée à des contraintes techniques liées principalement à la surchauffe des machines, ce qui force l’interruption de l’exploitation jusqu’à l’amélioration des conditions climatiques. Cependant, l’idée de la ceinture convoyeur de minerai, initiée à Boucraâ par les Espagnols, a été généralisée par la suite dans les gisements du centre du pays afin de réaliser des économies sur les frais logistiques, au lieu du classique transport ferroviaire vers les ports de Safi et de Casablanca.

Part de la production du gisement de Boucraâ

L’exploitation de la mine de Boucraâ, à ciel ouvert, permet une production annuelle d’environ 2 millions de tonnes, un chiffre rarement atteint (en moyenne une production entre 1,5 et 1.8 million de tonnes annuellement) et qui reste nettement inférieur aux 40 millions de tonnes de production nationale totale en 2022. Durant cette même année, les données du port de Laâyoune indiquent un total d’exportation de phosphates d’environ 1.085.367 tonnes en vrac.

Les sites du centre du pays se différencient non seulement par la production de phosphates en quantités plus grandes, mais contribuent également à la transformation des phosphates en engrais et en acide phosphorique.

Bien que la production soit inférieure à celle des régions centrales du Maroc et moins intéressante sur le plan de la rentabilité, le site de Boucraâ-Laâyoune assure un emploi stable à plus de 2.200 personnes, dont 79% sont originaires de la région, ainsi qu’à une multitude de sociétés, également locales, prestataires de services pour  le compte de l’OCP et qui emploient des milliers de personnes.

Malgré les difficultés, le groupe OCP a continué à investir dans le développement économique des provinces sahariennes, notamment dans le cadre de son programme de développement (2022-2027). L’aboutissement de ce programme, qui positionnera la région comme un nouveau hub africain de fabrication d’engrais, est attendu avec la future mise en service de l’usine d’ammoniac vert actuellement en cours de développement.

Au final, chers confrères d’Europe, d’Amérique et d’ailleurs, dans vos prochains articles sur le Sahara marocain, évitez la sempiternelle expression « riche en phosphates ». Car c’est tout simplement faux.