« S’il est vrai que la fermeture de notre espace à Rabat a été difficile à accepter, nous avons perdu une bataille mais pas la guerre », estime le directeur général du groupe Cinéatlas qui espère toujours une issue favorable sur ce dossier, ainsi que sur celui de la poursuite judiciaire d’expulsion initiée par le bailleur de son multiplexe de cinq salles situées au centre commercial Aeria Mall. Le jugement aura lieu le 12 janvier.

Affirmant que son dossier de surendettement a été retenu par le médiateur de Bank Al-Maghrib, Pierre-François Bernet affirme qu’il existe encore plusieurs voies de recours pour reprendre le bail de Rabat qui a été cassé par le tribunal pour des loyers impayés de 1 million de dirhams HT auxquels s’ajoute un arriéré de facture de la licence de marque « Le Colisée » de 418.000 DH HT.

Face à l’élan de solidarité de milliers d’habitants de la capitale qui ont fait part de leur déception sur les réseaux sociaux après sa fermeture, le directeur général estime que les quatre salles du Cinéatlas Colisée disposent d’une base très solide de cinéphiles plus âgés, qui mérite de relancer son activité.

« La crise sanitaire explique en grande partie notre situation actuelle »

« Espérant rouvrir le plus vite possible », le directeur général du groupe explique que malgré une subvention publique de 1 MDH pour soutenir son activité durant les quinze mois de fermeture imposée par la crise sanitaire entre 2020 et 2021, cette période lui a coûté 8 MDH de pertes.

En outre, faute d’avoir pu exploiter dans les temps impartis par son business plan les cinq salles de son nouveau multiplexe à Tanger, il affirme avoir été incapable de rembourser le crédit bancaire contracté pour acquérir et rénover l’ancien cinéma Mauritania dont les travaux ne sont pas achevés.

Et d’expliquer que le crédit initial de 13 MDH dont les traites ont été honorées de 2021 à janvier 2025, soit 45% des 11 MDH débloqués, était selon lui censé se rembourser sur l’exploitation du multiplexe de Tanger. Mais en raison de la pandémie, l’administration n’a délivré le permis de construire que vingt mois après sa demande, ce qui a complètement absorbé le différé d’un an accordé par la banque.

Ayant été incapable de régler ses échéances à partir de février 2025, un reprofilage de dette via une banque de la place a été initié dans un premier temps, avec un crédit à moyen terme de 17,5 MDH, avant d’être annulé à cause de l’opposition de ses créanciers.

« L’année miraculeuse de 2019 a motivé nos projections optimistes »

À la question de savoir si la multiplication des investissements n’aurait pas été à l’origine de sa situation actuelle, Pierre-François Bernet tient à rappeler que « l’année miraculeuse de 2019 » qui avait généré 180.000 entrées pour le seul multiplexe de Rabat, augurait des résultats similaires, voire supérieurs, pour les années suivantes, mais cet élan a été stoppé net par la crise du coronavirus.

Et d’expliquer qu’après la pandémie, une grosse partie de sa clientèle a été absorbée par la concurrence, en particulier par le complexe Mégarama qui attire plus de jeunes avec son food-court.

Le directeur général du groupe reconnaît cependant avoir commis une erreur en construisant trois salles à El Jadida, dont les habitants, peu habitués au cinéma, n’ont pas été au rendez-vous sauf pour les films marocains.

« J’ai bâti mon business plan sur plusieurs critères classiques comme la densité de population, la concurrence… mais j’ai oublié un facteur crucial à savoir que contrairement aux autres grandes villes du Maroc, ses habitants n’ont pas la culture du cinéma étranger », regrette notre interlocuteur en ajoutant qu’il n’exclut pas une fermeture, sauf si le bailleur consent à une baisse importante du loyer.

« Une recapitalisation de notre groupe est nécessaire »

N’ayant pas l’intention de jeter l’éponge et conscient de la nécessité de rembourser ses loyers impayés avant de pouvoir rebondir, notre interlocuteur révèle avoir approché plusieurs investisseurs afin qu’ils injectent de nouveaux fonds dans le capital de sa société d’exploitation de salles de cinéma.

« Pour éponger toutes nos dettes à Casablanca et à Rabat ainsi que notre crédit bancaire à Tanger, 7,5 MDH seront largement suffisants pour repartir d’un bon pied », affirme notre interlocuteur.

Selon lui, son titre de propriété de l’ancien cinéma Mauritania situé en centre-ville à Tanger, qui a pris énormément de valeur en termes de foncier est un atout sérieux pour pouvoir négocier avec les investisseurs.

Et de conclure que l’avenir de son groupe Cinéatlas passera nécessairement par l’exploitation de salles en centre-ville et par une réduction du personnel…