En visite en Algérie, le haut conseiller du président américain Donald Trump pour les affaires du Moyen-Orient, Massad Boulos, s’inscrit dans une nouvelle séquence diplomatique marquée par l’implication croissante de Washington dans les dossiers régionaux nord-africains.

Ce déplacement intervient alors que le dossier du Sahara marocain continue de structurer les relations entre le Maroc, l’Algérie et les partenaires internationaux, dans un contexte de repositionnement stratégique des États-Unis dans la région.

Pour Ahmed Faouzi,  ancien ambassadeur et expert en relations internationales, cette dynamique s’explique avant tout par le cadre posé par la dernière résolution 2797 du Conseil de sécurité des Nations unies.

Intervention d’une grande puissance, nécessaire pour une Algérie isolée

“Depuis la dernière résolution 2797 du Conseil de sécurité, qui a réaffirmé sans l’ombre d’un doute que l’autonomie sous souveraineté marocaine est la seule option sur la table pour trouver une issue à cette crise, la position internationale est désormais claire”, affirme-t-il, soulignant que cette crise “empoisonne non seulement les relations entre le Maroc et l’Algérie, mais l’ensemble maghrébin”.

Dans cette configuration, Washington adopte une approche graduelle visant à débloquer une situation que l’Algérie a elle-même contribué à figer depuis plusieurs décennies.

“Washington semble procéder par étapes pour faire sortir Alger de cet imbroglio dans lequel le colonel et ancien président Boumédiène a mis le pays depuis 1975”, estime Ahmed Faouzi.

Selon lui, ce verrouillage politique ne peut aujourd’hui être levé que par l’intervention directe d’une grande puissance. “Ce piège dans lequel l’Algérie s’est enfermée par sa propre volonté ne peut être débloqué que par l’intervention ferme d’une grande puissance comme les États-Unis, car les Nations unies en étaient incapables”, soutient-il.

Stratégie revisitée

Face à cette réalité diplomatique, Alger a tenté de revoir sa stratégie à l’égard de Washington. Ahmed Faouzi évoque ainsi une offre de coopération élargie formulée par les autorités algériennes au printemps dernier. “L’Algérie, dans sa politique de se rapprocher davantage de Washington, a, par la voix de son ambassadeur Sabri Boukadoum, offert en mars dernier une large coopération aux Américains, notamment l’exploitation des minerais rares, du gaz, etc., dans la seule perspective de peser sur la position américaine relative à la reconnaissance de la marocanité de nos provinces du Sud”, explique-t-il.

Cette proposition, présentée sans plafond, illustre selon lui une logique de marchandage déjà éprouvée par le passé. “Boukadoum avait déclaré qu’il n’y aurait aucune limite à cette offre et que ‘the sky is the limit’”, rappelle Ahmed Faouzi, avant de souligner que “ce marchandage algérien a été initié par le passé avec d’autres pays comme la France ou l’Espagne, sans succès”.

Intérêts économiques et objectifs géopolitiques indissociables

La raison de cet échec tient, selon lui, à une donnée structurelle du marché mondial de l’énergie et des ressources stratégiques. “Les matières énergétiques ou stratégiques se retrouvent ailleurs et l’Algérie n’en détient pas l’exclusivité”. Une réalité parfaitement intégrée par l’administration américaine, qui ne dissocie jamais intérêts économiques et objectifs géopolitiques.

“Les Américains, bien qu’ils cherchent à s’implanter davantage en Algérie, font toujours un package entre leurs objectifs politiques et leurs intérêts économiques”, précise Ahmed Faouzi.

Dans ce cadre, “Washington poursuit trois objectifs principaux : résoudre la crise persistante entre le régime militaire algérien et le Maroc en respectant l’intégrité territoriale du Royaume, pousser Alger à sortir de sa discrétion en matière de normalisation directe avec Israël et à s’inscrire dans le processus de paix en cours au Moyen-Orient et, enfin, renforcer les relations économiques bilatérales au profit des entreprises américaines”.

L’utilisation de la rente énergétique comme levier diplomatique ne constitue toutefois pas une nouveauté dans la politique extérieure algérienne. “L’Algérie a de tout temps utilisé sa manne gazière pour marchander une position ou obtenir des avantages politiques”, rappelle Ahmed Faouzi. Cette stratégie a notamment marqué les relations avec plusieurs pays européens. “Cela a été le cas avec l’Espagne, l’Italie et la France”.

L’Algérie contrainte à l’ouverture

Mais cette approche a, selon lui, fragilisé toute perspective de coopération durable.

Aujourd’hui, le contexte géopolitique international réduit considérablement la marge de manœuvre d’Alger. “Coupée de la Russie avec qui les relations ne sont plus ce qu’elles étaient, elle n’a pas beaucoup de choix pour sortir de la morosité économique où elle se trouve et éviter de sombrer dans des crises sans fin”, estime Ahmed Faouzi.

Il met en garde contre les risques d’un isolement prolongé. “Pour ne pas subir l’isolement que vivent le Venezuela ou l’Iran, ou qu’a vécu hier la Syrie, Alger n’a pas beaucoup de choix que de s’ouvrir sur les États-Unis, mais aussi sur sa région et sur le Maroc”, affirme-t-il, tout en laissant ouverte la question de la capacité du pouvoir actuel à opérer ce virage. “La question qu’on est en droit de se poser est de savoir si cela se fera avec cette équipe ou une autre à venir”.

“Le nœud du problème” sis à Alger

Les déplacements répétés de responsables américains à Alger s’inscrivent, selon Ahmed Faouzi, dans cette logique. “Si Boulos s’est rendu à plusieurs reprises à Alger, c’est parce que l’administration américaine est consciente que le nœud du problème et du blocage s’y trouve”.

Le dossier du Sahara marocain demeure un outil politique central pour le régime algérien. “L’affaire du Sahara marocain sert le système militaire algérien depuis trop longtemps, dans le seul but de détourner les Algériens de leurs préoccupations quotidiennes vers cet ennemi imaginaire qu’ils surnomment indistinctement le Makhzen”, explique-t-il.

Dans ce contexte, la position marocaine reste constante et sereine. “Le Maroc, sûr de ses droits, ne peut qu’apprécier à sa juste valeur toute médiation ou bons offices sincères d’un pays ami”, conclut-il, soulignant ainsi l’ouverture du Royaume à toute initiative internationale fondée sur la clarté politique et le respect de son intégrité territoriale.

Notons que trois mois après la résolution onusienne, il n’y a toujours pas eu de rencontre entre les différents partenaires. Les États-Unis espéraient régler le problème au cours du mois de décembre 2025. L’Algérie tergiverse et gagne du temps, tout en faisant profil bas devant les États-Unis.