L’Union européenne et l’Inde ont conclu un accord de libre-échange présenté comme historique, reliant deux économies et près de 2 milliards de consommateurs.

Derrière l’ampleur démographique et le discours politique, l’accord modifie concrètement les équilibres du marché européen. En ouvrant largement l’accès aux exportations indiennes, il crée de nouvelles possibilités d’arbitrage pour les importateurs européens.

Pour le Maroc, dont l’Europe est le principal débouché commercial, cet accord introduit des risques réels de concurrence.

Selon la Commission européenne, l’accord n’est pas encore entré en vigueur. Son application reste conditionnée à la finalisation de l’examen juridique et à la ratification par le Parlement européen, les États membres de l’Union européenne et les autorités indiennes. À ce stade, l’entrée en vigueur est attendue d’ici la fin de 2026 ou au début de 2027.

Zéro droit de douane sur 90% des exportations indiennes

Il s’agit d’une libéralisation massive des échanges entre deux blocs économiques majeurs. Selon Reuters, dès son entrée en vigueur, l’Union européenne supprimera les droits de douane sur 90% des produits indiens, avec une extension à 93% en sept ans.

Cela signifie que l’Inde accède au marché européen dans des conditions proches de celles dont bénéficient déjà les partenaires privilégiés de l’Union.

Ce point est central, car le marché européen n’est pas extensible à l’infini. Lorsqu’un nouvel acteur gagne un avantage tarifaire, ce sont les fournisseurs existants qui subissent la pression.

L’accord ne crée pas seulement des flux supplémentaires, il redistribue les parts de marché. Les importateurs européens disposent désormais d’un levier supplémentaire pour comparer, arbitrer et renégocier leurs sources d’approvisionnement.

Selon Reuters, l’accord prévoit une suppression totale des droits de douane européens sur plusieurs exportations clés de l’Inde.

Ci-après les secteurs concernés par la suppression des droits de douane, ainsi que les taux qui leur étaient appliqués avant l’accord :

  • Les produits de la mer, jusqu’ici taxés à 26% ;
  • Le cuir et la chaussure, taxés à hauteur de 17% ;
  • Les produits chimiques, soumis à des droits de douane de 12,8% ;
  • Les métaux de base, taxés à 10% ;
  • Les plastiques et le caoutchouc, assujettis à des droits de 6,5% ;
  • Les textiles, soumis à des droits de 12%, et l’habillement à 4% ;
  • Les pierres précieuses et la bijouterie, taxées à 4%.

Ce ne sont pas des secteurs émergents pour l’Inde. Ce sont des filières où le pays exporte déjà massivement, avec des capacités industrielles importantes et une forte compétitivité-prix.

Impact potentiel sur les exportations marocaines

Pour le Maroc, le principal point de friction se situe dans le textile et l’habillement. L’Europe est le premier débouché du textile marocain. C’est aussi un secteur déjà fragilisé.

En 2025, malgré des droits de douane encore en vigueur côté européen, l’Inde, le Bangladesh et la Chine ont réussi à capter des parts de marché en Europe, en partie à la suite des hausses de droits décidées par les États-Unis sous l’administration Trump.

Les exportateurs asiatiques ont redirigé leurs flux vers l’Union européenne et accepté des marges plus faibles pour rester présents. Le textile marocain a subi cette pression, avec des difficultés accrues sur les segments sensibles au prix.

Avec cet accord, les droits européens sur les textiles et l’habillement indiens passent à 0%. L’écart tarifaire disparaît. L’Inde devient immédiatement plus compétitive sur le marché européen.

Le cuir et la chaussure suivent la même logique. L’Inde dispose d’une industrie structurée et orientée vers l’export. La suppression de droits de douane élevés (17%) renforce sa position. Le Maroc est présent sur ce segment, mais de façon plus limitée. Ici, le risque est une pression continue sur les prix et les marges, qui rend la concurrence plus difficile.

À l’inverse, certains piliers des exportations marocaines ne sont pas directement exposés, mais peuvent présenter une opportunité. L’automobile, qui a généré plus de 80 MMDH d’exportations vers l’Europe en 2024, ne constitue pas un segment sur lequel l’Inde apparaît comme un concurrent direct. Du moins pour le moment.

L’accord prévoit une baisse progressive des droits indiens sur les voitures européennes, dans un système encadré par des seuils de prix, des segments et des quotas. Les véhicules européens de moins de 15.000 euros sont exclus du dispositif, tandis que ceux situés au-dessus de ce seuil bénéficient de réductions tarifaires graduelles, ramenant les droits de 35% au lancement de l’accord à 10% à terme.

Cette ouverture pourrait améliorer l’accès des constructeurs européens au marché indien et soutenir leurs volumes globaux. Selon l’organisation de leurs chaînes de valeur, une partie de cette production supplémentaire pourrait être réalisée au Maroc et se traduire, indirectement, par une hausse des exportations automobiles marocaines vers l’Union européenne.

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La Commission européenne a publié davantage de détails sur les produits concernés, les volumes d’exportation en 2024, ainsi que les anciens et les nouveaux tarifs.