La réutilisation des eaux usées traitées est aujourd’hui considérée comme indispensable. Pourtant, sa mobilisation n’a été réellement programmée au Maroc qu’en 2019, dans le cadre du Programme national d’assainissement liquide mutualisé et de réutilisation des eaux usées traitées (PNAM 2019-2040).

Les stations de traitement au Maroc ont, pour la plupart, été construites avant 2005 sans tenir compte des besoins en réutilisation des eaux traitées. Par conséquent, la capacité de traitement tertiaire ne représente que 18% de la capacité totale de traitement de ces stations.

En l’absence de planification pour valoriser ces eaux, d’importantes quantités sont rejetées dans le milieu naturel, malgré le traitement tertiaire qui permettrait leur réutilisation, ce qui constitue un gaspillage des efforts de traitement, déplore la Cour des comptes dans son rapport 2024-2025, publié le 28 janvier.

Eaux usées : 84% de la capacité nationale de traitement reste inexploitée

D’après la Cour, en 2023, sur une capacité nationale de traitement tertiaire de 231 millions de m3 (Mm3) par an, 194 Mm3 ne sont pas valorisés, soit 84%. Seuls 37 Mm3 sont réellement réutilisés.

L’Office national de l’électricité et de l’eau potable (ONEE), par exemple, dispose d’une capacité de traitement tertiaire des eaux usées de 107 Mm3 par an, mais n’en utilise que 40 Mm3 pour la réutilisation. La quantité effectivement réutilisée et facturée n’a pas dépassé 4,1 Mm3 en 2024, car elle dépend de la demande réelle des utilisateurs.

Neuf projets sont actuellement en cours pour augmenter la capacité des stations de traitement des eaux usées de l’ONEE destinées à la réutilisation, disposant de traitement tertiaire, d’environ 17 Mm3. La capacité restante, estimée à 50 Mm3 par an, est destinée à la préservation des écosystèmes fragiles.

Les réseaux d’assainissement de 6 villes, dont Casa, sont conçus uniquement pour le rejet en mer

Le rapport de la Cour souligne également un problème majeur. « Les réseaux d’assainissement de six villes côtières (Casablanca, Rabat, Salé, Tanger, Tétouan et El Jadida) ont été conçus uniquement pour le rejet en mer », lit-on sur le document. La conception de ces réseaux ne permet donc pas la réutilisation des eaux traitées.

La capacité totale de rejet de ces villes représente 2,3 Mm3 par jour, soit 67% de la capacité nationale. Adapter ces réseaux nécessitera des investissements et des coûts de fonctionnement importants.

Auditionné par la Cour des comptes, dans le cadre de son rapport, le ministère de l’Intérieur a indiqué que des projets de réutilisation des eaux usées sont réalisés depuis 2008, même s’ils n’étaient pas intégrés dans les stratégies et programmes nationaux (Marrakech, Agadir, Bouznika, Tanger, Tétouan). Et depuis 2019, la réutilisation des eaux usées est intégrée dans le cadre du Programme national d’assainissement liquide et de réutilisation des eaux usées (PNAM), ainsi que dans le Programme national d’approvisionnement en eau potable et d’irrigation (PNAEPI 2020-2027).

A la fin de l’année 2024, le Maroc réutilisait 52 Mm3 d’eaux usées par an, soit seulement 7% du total des eaux usées urbaines. A titre de comparaison, des pays comme la Jordanie atteignent 86%. Par conséquent, il est nécessaire de revoir l’objectif fixé dans le PNAM, qui consiste actuellement à atteindre un volume de 100 Mm3/an d’ici 2027, soit 13% seulement du total des eaux usées urbaines.

Plus de 50 projets sont en exploitation, principalement pour l’irrigation de terrains de golf, d’espaces verts et pour des usages industriels.

La collecte des eaux pluviales reste embryonnaire

Le rapport souligne également le retard dans la collecte et la valorisation des eaux pluviales. La capacité totale de stockage ne dépasse pas 53.000 m3, devant atteindre 70.000 m3 après achèvement des projets en cours.

Le Plan national de l’eau 2020-2050 prévoit de développer ce programme pour économiser 300 Mm3 d’eau potable par an, en orientant les eaux pluviales vers l’irrigation, certains usages domestiques et professionnels. Mais ce programme n’a pas encore été mis en œuvre, faute de priorité dans la mobilisation des ressources hydriques.

Le service dédié à la collecte et à la valorisation des eaux pluviales, créé en octobre 2020, n’a commencé à recevoir des crédits qu’en 2021. Ces financements limités ont conduit à la réalisation d’un nombre restreint de projets.

Le ministère de l’Eau a précisé que ce chantier ne relève pas uniquement de son secteur, mais implique aussi les ministères de l’Agriculture, de l’Intérieur et d’autres administrations. Les projets nécessitent une analyse complète à toutes les étapes (planification, réalisation et exploitation) pour identifier les lacunes institutionnelles et organisationnelles.

La Cour recommande ainsi la création d’une commission nationale de collecte des eaux pluviales regroupant tous les acteurs concernés, condition indispensable pour élaborer un programme intégré.