La mise en place de mesures d’adaptation permettrait toutefois de limiter ces pertes à quelque 60 milliards de dollars par an en 2050, dans ces agglomérations côtières, appelées à devenir de plus en plus vulnérables face aux inondations, selon cette étude parue dans Nature Climate Change.
Au regard du montant astronomique de l’inaction, «ne rien faire pour s’adapter n’est pas une option», indique à l’AFP l’un des auteurs, Stéphane Hallegatte, économiste à la Banque mondiale.
En se basant sur les données de ces 136 villes côtières abritant plus d’un million d’habitants chacune, la facture cumulée due aux inondations (logements, commerces, industries, etc.) atteignaient en 2005 quelque 6 mds USD.
Selon cette étude, quatre villes -Miami, New York et la Nouvelle-Orléans aux Etats-Unis et Guangzhou (ou Canton) en Chine- concentrent 43% des pertes économiques. Et pour deux d’entre elles, Guangzhou (687 millions de dollars) et la Nouvelle-Orléans (507 M), ces pertes représentent plus de 1% de leur PIB.
Les chercheurs ont tenté de chiffrer l’évolution de cette facture dans les prochaines décennies à partir de scénarios socio-économiques (évolution de la population, des économies et de l’urbanisation) mais aussi de l’affaissement du sol dans certaines régions et de la montée du niveau de la mer due au réchauffement.
Dans le pire des cas, sans nouvelles mesures de protection dans les villes, les pertes cumulées exploseraient à plus de 1.000 milliards de dollars par an, écrivent les auteurs. Ce chiffre «n’est pas une prédiction», précise néanmoins M. Hallegatte, car il implique des hypothèses pas forcément réalistes dans certains cas.
Si des investissements sont faits pour maintenir le risque d’inondations au même niveau qu’aujourd’hui (soit environ 50 mds USD d’investissements par an), la facture augmenterait aussi par rapport aujourd’hui, en raison de l’accumulation attendue d’habitants et de biens dans ces villes. Mais de façon plus raisonnable: de 60 à 63 milliards de dollars par an.
«Si on investit dans des protections, on peut réduire le risque, mais on a de plus en plus de gens qui dépendent de ces protections. Cela veut dire que en cas de rupture de digues, on a globalement des catastrophes plus importantes», souligne Stéphane Hallegatte.
Dans un tel cas de figure, les villes économiquement les plus vulnérables aux inondations seraient en 2050 Guangzhou (13,2 mds USD) et Bombay (6,4 mds USD).
Les chercheurs ont par ailleurs constaté que, avec la hausse du niveau de la mer due au réchauffement, les endroits où le risque va le plus augmenter ne sont pas forcément les zones les plus à risque aujourd’hui, comme le bassin méditerranéen.
Concernant le Maroc, une étude a été réalisée en 2011 par la banque mondiale sur l’« Adaptation au changement climatique et aux désastres naturels des villes côtières d’Afrique du Nord ». La partie consacrée au Maroc s’intitule « Évaluation des risques en situation actuelle et à l’horizon 2030 pour la ville de Casablanca et la vallée du Bouregreg ».
Dans un premier temps, cette étude fait une estimation de l’impact économique des principaux désastres naturels ayant touché le Maroc ces dernières années. A la première place, la sécheresse de 1999 a couté au Maroc 7.560.000.000 de dirhams, suivie du séisme de 2004 (3.360.000.000 de dirhams), et des inondations de 2002 (1.680.000.000 dirhams).
On y apprend en outre que le Maroc a connu ces dernières années un changement climatique sensible. « Casablanca et Rabat ont connu un réchauffement durant les cinq dernières décennies. A l’échelle annuelle, la température moyenne a augmenté, sur la période 1961-2008, avec une tendance de 0,3°C par décennie à Casablanca et de 0.2°C par décennie à Rabat. En termes pluviométriques, les deux villes marocaines montrent une claire tendance à la baisse au niveau des cumuls annuels ; soit une diminution d’environ 2,8 mm/an ».
Quant au risque de tsunami, on peut lire que « l’analyse des événements historiques et du contexte sismotectonique indique une exposition relativement importante de la cote ouest marocaine au risque de tsunami».
(Avec AFP)