Le casting était un peu réducteur mais témoignait d’une volonté d’équilibre : trois pays représentés (Egypte, Tunisie et Maroc), quatre intervenants (Amr Moussa et Beji Caid Essebsi, réprésentant le courant libéral ou laïc, et de l’autre côté, Rached Ghannouchi et Abdelilah Benkirane), et trois modèles politiques.

La conclusion est intéressante car une sorte de consensus est apparue au sujet des points suivants :

-Les électeurs ne votent pas en faveur d’un parti islamiste pour qu’il ré-islamise la société. C’est plutôt sur un projet socio-économique que les choix s’effectuent.

-Le passage par la case démocratie est inévitable. A cause de l’évolution des opinions publiques,  ou encore du contexte international. Mais personne ne saurait dire, aujourd’hui, si la conversion des islamistes à la démocratie est de pure façade ou si elle est réelle.

-Pas d’exclusion, ni des islamistes, ni des laïcs.

-Il est difficile de défendre le coup d’Etat militaire en Egypte. Abdelilah Benkirane a soigneusement évité le sujet. Rached Ghannouchi en a démonté les conséquences et les contradictions. Beji Caid Essebsi a essayé d’expliquer que le vote n’est pas un chèque en blanc et que les 30 millions d’Egyptiens descendus dans les rues le 30 juin 2013 représentaient plus du double du nombre d’électeurs des frères musulmans.  Amr Moussa a également débité le laïus habituel sur l’échec des Fréristes.

Des positions partagées par les quatre intervenants mais qu'il faut comparer avec les discours que tiendraient les fréristes lorsqu'ils s'adressent à leurs propres troupes ou lorsqu'ils se retrouvent entre eux.

 

Le chapelet de Benkirane

 

Chapelet en avant, Abdelilah Benkirane a refusé d’évoquer les autres pays, moyen commode d’éviter le cas égyptien où il est écartelé entre le pragmatisme que dictent ses responsabilités, et sa solidarité mécanique avec les Frères.

“Nos sociétés sont islamiques, elles croient en la démocratie qui ets une forme moderne de la choura, n’ont vu aucune contradiction entre les deux“, explique le chef du gouvernement. “Les peuples veulent avoir leur destin en main et recherchent des améliorations de leur quotidien“.

Le Chef du gouvernement raconte que le Maroc a été également touché par les révolutions arabes mais que “Sa Majesté le Roi a réagi très vite en répondant positivement aux revendications dont certaines depuis l’indépendance. Le peuple a réagi favorablement et au Maroc, les choses vont de mieux en mieux“.

 

 

Rached Ghannouchi défend les laïcs "modérés"

Rached Ghannouchi, leader d’Ennahdha, habitué du double langage, s’est présenté sous l’habit du conciliateur, avec une grande subtilité et un discours aux intonations qui semblaient sincères.

-Notre parti est allié au sein de la troïka, à deux partis laïcs. C’est l’alliance des modérés des deux bords. Cette alliance se poursuivra au-delà des prochaines élections.

-Dans le cadre d’une transition démocratique, les 51% ne suffisent pas. Il faut que tous les courants d’une société soient représentés.

-Nous avons abandonné le pouvoir malgré notre majorité relative, numérique. Nous considérons que la rue est encore avec nous.

-Entre une démocratie sans pouvoir ou bien un pouvoir sans démocratie, nous avons choisi le premier terme.

-Il existe un modèle tunisien, basé entre autres sur le consensus des périodes de transition.

-Nous mettons ainsi un terme à l’exception arabe, les arabes sont eux aussi dignes de la démocratie. Nous sommes un petit pays, ce que nous apportons au monde, c’est ce modèle de consensus et d’alliance entre les modérés des deux camps.

 

 

Beji Caid Essebsi: l'islamisation sous la contrainte a échoué

Le chef de file des laïcs et des néo-bourguibiens en Tunisie a souligné que Rached Ghannouchi a plié sous la pression et que sa première intention à l’issue des élections de 2011 avait été de ré-islamiser la société tunisienne, fusse par la contrainte.

La constitution tunisienne, a-t-il poursuivi, est un texte de compromis. Il a conclus en estimant que les islamistes n’ont leur place que dans l’unité de la nation et pas ailleurs.

 

 

 

L'intégralité de la table-ronde sur la vidéo ci dessous: