On s’y attendait un peu, car l’œuvre du maréchal Lyautey au Maroc n’a jamais provoqué l’unanimité. «Plus d'un siècle après le début du Protectorat, les écrits sur Hubert Lyautey et son œuvre au Maroc exposent des faits contradictoires. Il m'a paru indispensable de revenir sur les travaux publics, et d'ailler au-delà de qui avait été fait, en y apportant ma propre réflexion», note l’auteur.

Adoptant une démarche purement journalistique, appuyée sur des avis d’historiens universitaires comme Mostafa Bouaziz, Guillaume Jobin, président de l'Ecole supérieure de journalisme de Paris, s’est attelé, durant plus d’un an, à l’analyse du mandat du résident général pour la période allant de 1912 à 1925.

 

«Pourquoi s’intéresser à Lyautey?», a-t-on demandé à l’auteur, hier 5 mars, lors d’une rencontre autour du livre organisée au Carrefour des livres, à Casablanca. Question à laquelle il répond: «C’est un personnage à la fois fascinant et complexe.» Tout simplement.

On trouvera une réponse moins lapidaire dans le livre: «Il est un exemple rare de la France contemporaine. Sans avoir à remonter aussi loin que Jules César qui fit en grande partie ce que sa colonie romaine, la Gaule, devint avant d'être la France, la rencontre de l'homme et de l'Empire chérifien est un des cas remarquables de l'Histoire où un dirigeant exogène transforme radicalement le pays dont il a la charge.»

« Aristocrate, officier, cavalier, monarchiste, mondain, homosexuel, colonialiste, bâtisseur, dilettante, intellectuel et artiste, il fut tout cela à la fois, et tout autre selon la période examinée. Ces épithètes résument autant de facettes brillantes d'une personnalité qui, analyse faite, n'est pas si compliquée à cerner», poursuit-il.

Fascination que ne semblent partager outre mesure les détracteurs de l’auteur. Un panégyrique, à leurs yeux, infondé, voire outrageant à l’égard des Marocains qui ont souffert de la colonisation. Récemment, une page, intitulée «Lyautey, dégage», a d’ailleurs été créée sur Facebook. «Cette page invite à dénoncer l'arrogance d'une certaine France au Maroc. La France est la bienvenue au Maroc mais sans ses réflexes néo-colonialistes», écrit son fondateur.

Toujours est-il que la polémique reste cantonnée au champ virtuel. Aucun de ceux qui critiquent l’ouvrage n’a jugé utile de participer au débat mardi au Carrefour des livres.