Selon Joseph Carter, chercheur au sein de l’International Center for the Study of Radicalisation (ICSR) basé au King’s College de Londres, « le mouvement d’Al-Baghdadi a été habile en proclamant l’Etat du califat le premier jour du ramadan pour bien signifier laportée religieuse d’un geste politique. Cela fait partie de la communication vers ceux qu’il cherche à recruter ».

Selon Carter, joint au téléphone par Médias 24, l’Etat du califat proclamé par les combattants de l’Etat islamique en Irak et au Levant à comme premier objectif de « chercher à consolider ses positions militaires et son occupation géographique, contrôler un territoire qui va agir comme un aimant envers les candidats djihadistes ». Selon Carter, Al-Baghdadi a comme deuxième objectif « de chercher à attirer les candidats européens », ce qui permettrait au mouvement d’envisager des actions ultérieures en Europe. Mais l’Europe n’est pas la seule visée.

Les experts internationaux du mouvement djihadistes estiment que plus de 2.000 combattants d’origine européenne figurent actuellement dans les troupes d’Al-Baghdadi. D’autres étrangers combattent aux côtés de Jebhat al-Nousra et d’autres chiites libanais, irakiens et iraniens combattent aux côtés des troupes du régime de Damas.

La fin des accords de Sykes-Picot ?

Dans une vidéo de 15 minutes diffusée sur les réseaux sociaux dimanche 29 juin, retirée de Youtube lundi 30 juin dans l’après-midi mais toujours visible sur Twitter un combattant de l’EIIL explique comment « l’effacement de la frontière entre la Syrie et l’Irak n’est que le début de l’effacement des frontières entre les pays musulmans ».

Objectif final selon le combattant armé d’une AK-47 sur la vidéo : « Al Qods ». La vidéo est intitulée « The End of Sykes-Picot », « La Fin de Sykes-Picot », une allusion aux accords franco-britanniques secrets de 1916 qui ont scellé les tracés de frontières de la région pour des pays comme le Liban, la Syrie, l’Irak et la Jordanie.

Selon Joseph Carter, « depuis le week-end dernier, de nombreuses vidéos de ce genre circule sur le réseau, mises en ligne par des internautes aux Pays-Bas, en Grande-Bretagne ou au Danemark ». Les Etats-Unis ont commencé à s’inquiéter de manière très sérieuse de l’aspect strictement sécuritaire de la proclamation du califat et du recrutement de djihadistes européens. Barack Obama, dimanche 29 juin au soir sur ABC News, a tenu à lancer un avertissement public aux jeunes Européens qui seraient tentés par des actions terroristes sur le sol américain.

Européens et Marocains ne sont pas en reste puisqu’après la réunion du 8 mai dernier à Bruxelles entre responsable sécuritaires européens, marocains et tunisiens, une autre réunion est prévue pour le 10 juillet à Rabat ou à Bruxelles. Celle-ci se tiendra alors que de nouvelles arrestations ont été opérées à Sebta et à Madrid durant la deuxième quinzaine du mois de juin, que des départs de candidats djihadistes ont été déjoués en France et qu’au Maroc des arrestations se sont produites fin juin, sans que le lieu des interventions des services de sécurité ne soit précisé dans le communiqué du ministère de l’Intérieur.

Alors que des combats très violents se déroulent en ce début de semaine autour de Tikrit, située au nord de Bagdad et ville natale de Saddam Hussein, Joseph Carter se refuse au jeu des prédictions : « Il faut attendre quelques jours explique-t-il, car les combats actuels sont très violents et Russes et Américains peuvent s’aligner tous deux aux côtés du gouvernement d’Al Maliki. Le mouvement d’Al Baghdadi peut se consolider ou se diviser ; la situation sur le terrain peut également se stabiliser et se prolonger dans un état de ni guerre, ni paix ».

De la même manière, explique Joseph Carter, on ne peut pas dire si les hommes d’Al Baghdadi ont, ou pas, des visées sur les lieux saints de l’Islam. Le week-end dernier, Riyad a connu son cinquième changement de vice-ministre de la Défense en 15 mois dans un contexte où le prince héritier et ministre de la Défense Salman Ben Abdelaziz souffrirait de problèmes neurologiques. Dans le même temps, un ministre chiite a été nommé aux affaires du Majliss Achoura, une première dans l’histoire du royaume wahabite. 

De manière exceptionnelle encore ce dernier week-end,  un communiqué public a clos une réunion du Conseil national de sécurité saoudien durant lequel le Roi Abdallah d’Arabie saoudite, 91 ans,  a ordonné de prendre « toutes les mesures nécessaires pour protéger les acquis de la patrie et son territoire, ainsi que la sécurité et la stabilité du peuple saoudien ». Car entre Al-Baghdadi et Riyad, c’est une autre bataille politique qui s’annonce.