L’Irak a vécu lundi 7 juillet une journée surprenante. En effet, les autorités en place ont commencé à édifier des murs de sable de 2 à 5 m de hauteur autour des principales villes proches de la ligne de contact avec les jihadistes de l’organisation de l’Etat islamique. Qu’il s’agisse de Bagdad, de Diyala, de Kirkouk ou encore des villes proches de Karbala ou de Samarra, c’était le même scénario: des pelleteuses géantes en action édifiant des murs de protection.
Il ne peut s’agir d’une coïncidence. Une partie des villes concernées est contrôlée par les autorités officielles de Maliki, mais d’autres sont sous commandement des soldats kurdes. Le plus probable est qu’il s’agit d’une stratégie concoctée par les Américains.
Mais quelle qu’en soit la genèse, elle contredit les déclarations belliqueuses et jusqu’auboutistes des forces de Maliki, qui ont perdu ce lundi, le général qui commande la sixième armée, tué par les insurgés dans la région de Bagdad.
Cette nouvelle stratégie signifie en effet un choix défensif alors que le gouvernement annonçait une reconquête des territoires perdus.
Parade militaire
Les forces de l’organisation de l’Etat islamique de Abou Bakr Al-Baghdadi ont pour leur part mis la main sur des arsenaux de l’armée irakienne à Mossoul. Elles se sont empressées d’en rapatrier la plus grande partie vers leur “capitale“ Raqqa, la plus grande ville qu’ils contrôlent en Syrie.
Ils n’ont pas pu s’empêcher de parader avec l’armement saisi dans les rues de Raqqa. Médias 24 a retrouvé les photos et les vidéos de cette parade et a fait analyser les armes par l’expert défense de notre rédaction, Abdelhamid Harifi.
Nous publions également quelques photos de cet arsenal, ainsi que la vidéo officielle de la parade (ci-dessous), pleine d’enseignements.
1. Un Scud probablement hors d’usage.
Le Scud est probablement le seul disponible, certainement capturé auparavant par l’Armée Syrienne Libre (ASL) dans un usine près de Der Ezzor en Syrie en février 2013. Selon les informations disponibles, il n'y avait que ce missile et son lanceur et les deux ne sont pas opérationnels selon des spécialistes qui ont analysés les images publiées à l'époque par l'ASL. De plus, c’est un modèle ancien de Scud.
Dans la vidéo, des séquences sont répétées pour donner l’illusion d’un grand défilé.
2. De vieux chars soviétiques.
Les blindés à chenilles sont des chars T54/62 ainsi qu’un véhicule de transport de troupes BMP1, capturés de chez l'armée syrienne. Les jihadistes de l’organisation de l’Etat islamique bénéficient du soutien des éléments de l'armée syrienne qui ont fait défection pour l’utilisation et la maintenance de ces vieux blindés russes faciles à mettre en oeuvre.
3. Hummer flambant neuf
Nous pouvons voir aussi des véhicules HUMVEE (Hummer) de l'armée irakienne, ce sont des véhicules faciles à mettre en œuvre.
4. Les canons
Les canons M198 calibre 155mm sont des canons capturés des bases irakiennes, et sûrement avec leurs stocks de munitions. L'artillerie tractée ne nécessite pas des équipes spécialement formées pour son utilisation, mais seulement un bon artilleur.
On remarque également un canon auto-tracté capturé de chez l'armée arabe syrienne, russe d'origine largement utilisé par l'armée syrienne et les insurgés dans le conflit syrien, c'est un 1S2 Gvozdika, (à 14'22 dans la vidéo).
5. Les missiles anti-char, principal atout des jihadistes.
La force de ces troupes ne réside pas dans les véhicules blindés ou les éventuels missiles Scud, mais dans les missiles anti-char, aussi bien ceux capturés dans les bases militaires syriennes comme les missiles Kornet ou Metis-M (russes) ou encore le chinois HJ8L.
6. Les véhicules 4×4
En plus des missiles anti-chars, le point fort de cet arsenal, ce sont les véhicules 4×4, dont les véhicules purement militaires comme les HUMVEE et les Toyota capturés aux Irakiens.
C'est un aspect que l’on retrouve également dans le cadre de la guerre civile libyenne, les insurgés ont misés sur la mobilité et la légèreté des équipements pour la conquête des territoires adverses.
Les véhicules sont parfois équipés des canons et bi-tubes anti-aériens de différents calibres. Ils sont aussi utilisés contre les véhicules et troupes adverses dans des combats terrestres.
L'armée irakienne, lourdement armée, a montré un amateurisme effroyable depuis le début des derniers combats.
Non seulement elle n'a pas cherché à fixer l'ennemi à l’extérieur des villes de manière à ce que l'artillerie et l'aviation le traite efficacement en terrain découvert, mais en plus une fois l'EIIL entré dans les villes, ses troupes n’ont trouvé aucun obstacle de contre-mobilité digne de ce nom. En gros, même le génie militaire irakien a déserté ou était défaillant.
Ajoutons à cela le manque de soutien populaire à cette jeune armée irakienne qui dans l'esprit des habitants des régions conquis par l'EI, est une armée chiites confessionnelle.