A travers ce pamphlet, Amnesty International épingle certaines nations européennes qui ont fourni des efforts financiers colossaux afin de transformer leurs frontières en bordures infranchissables. L’Espagne, seul pays du Vieux continent disposant de “frontières“ terrestres avec l’Afrique à travers Sebta et Melilia, les deux enclaves dans le nord marocain, est pointé du doigt par l’ONG.
Celle-ci signale qu’entre 2007 et 2013, l’Espagne a dépensé 30 fois plus pour renforcer ses frontières que pour améliorer les conditions des migrants en situation irrégulière ou des réfugiés et demandeurs d’asile. En effet, selon les chiffres d’Amnesty, le voisin européen a consacré pas moins de 289 millions d’euros à la protection de ses frontières contre seulement 9 millions sur la même période, pour les programmes à destination des migrants.
A Melillia, un centre d’accueil pour les personnes en situation irrégulière a été construit et pensé pour abriter 480 individus. Ils seraient plus de 2.000 à y loger selon l’ONG. Et ce n’est que l’infime partie visible de l’iceberg, trônant dans une Europe qui a consacré près de 2 milliards d’euros pour se barricader derrière ses frontières contre 700 millions pour soutenir les candidats à l’immigration.
Pour John Dalhuisen, directeur de l’antenne européenne et d’Asie Centrale d’Amnesty International, la situation est hautement critiquable. «L’efficacité des mesures de l’UE pour endiguer les flux de migrants et réfugiés en situation irrégulière est au mieux discutable. Pendant ce temps, le coût en vie humaine et la misère est incalculable et est payé par certaines des personnes les plus vulnérables du monde», s’indigne-t-il.
Bien que l’Europe ait promis en juin dernier à l’Espagne de déployer près de 10 millions d’euros, issus du fonds d’urgence européen, pour accompagner les mesures de luttes contre l’immigration illégale, mais également pour financer une partie des programmes de retour volontaire aux migrants qui parviennent à pénétrer illégalement dans les deux enclaves et apporter des améliorations à des centres d'accueil de migrants gérés par le gouvernement ; les migrants majoritairement subsahariens continuent à livrer des assauts répétés en direction des frontières, souvent au péril de leurs vies.