-Pourquoi est-il reparti si vite ?

BHL a été prié de quitter le territoire tunisien pour “trouble à l’ordre public“. Des commentateurs proches des milieux officiels ont mis en avant “sa haine des Arabes“, son engagement contre la cause palestinienne et le rôle qu’on lui prête dans les guerres civiles arabes.

-On était également de curieux de connaître sa version des faits. Dès ce matin, elle était en ligne sur son site officiel et sa page Facebook. Les Tunisiens ont vécu “24 heures de délire conspirationniste“.

BHL n’était en Tunisie que pour rencontrer des amis libyens.

Sous la plume de Liliane Lazar (Professeure à Hofstra University, Long Island) qui se présente comme une amie du “philosophe“, nous apprenons qu’il y a eu en Tunisie un “déferlement grotesque de folie. Mon ami Bernard-Henri Lévy part passer 24 heures à Tunis pour y rencontrer de vieux amis libyens et voilà la presse tunisienne qui part dans un délire absurde où BHL apparaît tantôt comme un diable surpuissant, tantôt comme un comploteur animé de noirs desseins contre le pays du jasmin, tantôt comme l’homme qui serait capable à lui tout seul de renverser la jeune démocratie tunisienne“.

 

-“La lutte contre l’islamisme radical, le combat de sa vie“.

C’est la thèse que défend l’auteure.

Mais dans ce combat, dont les Tunisiens se sont très bien chargés, il n’est pas très crédible. Et quand on voit le résultat, on a de quoi s’inquiéter.

 

-BHL et la Libye.

L’auteure révèle que BHL était là pour parler Libye. La Libye, vous savez, ce pays où il a convaincu Sarkozy, en un petit quart d’heure selon témoin, de parachuter des tonnes d’armes de guerre, que l’on retrouve dans la guerre civile libyenne. BHL endosse une lourde part de responsabilité dans la situation actuelle en Libye et dans le danger qu’elle représente pour toute l’Afrique du Nord et le Sahel.

Le site officiel de BHL publie cette photo du déjeuner de BHL avec ses “amis“ libyens :
“A la gauche de Lévy, Fadil Lamine, président du Conseil de Dialogue National; Gilles Hertzog, le compagnon de tous les combats; Waheed Burshan, rencontré dans le Djebel Nefousa du temps de la révolution libyenne; et Nouri Cheriou, grande figure des Amazirs“.

 

-BHL s'explique dans Le Point

BHL s’est également fait interviewer par Le Point, le journal dans lequel il tient une chronique.

Il explique que les gens qui l’attendaient à l’aéroport aux cris de “Dégage“ sont quelques dizaines d’islamistes et d’exilés khadafistes. C’est absolument faux. Après recoupements, Médias 24 peut affirmer qu’en majorité, il s’agit de personnes non islamistes, des citoyens ordinaires.

Tout le spectre politique tunisien, les institutions (présidence, gouvernement), la société civile, de nombreux intellectuels démocrates et laïcs, se sont insurgés contre sa présence en Tunisie.

Il s’agit bien plus que d'un vent de folie qui s’est emparé des islamistes tunisiens pendant 24H.

Bernard-Henri laisse entendre quelque part, entre deux phrases, qu'il y a de l'antisémitisme en l'air. Sur sa page Facebook, le plus gros des commentaires va dans ce sens: "les Tunisiens sont antisémites". D'un autre côté, il faut signaler que des Tunisiens lui ont donné sans le vouloir raison: sur sa page Facebok comme sur certains blogs et sur Facebook, nous avons relevé des commentaires racistes.

BHL a raison de dire qu'il a le droit d'entrer et de circuler en Tunisie. Mais il doit aussi reconaître le droit de Tunisiens de le conspuer sans être traités de "crétins" par lui.

Par ailleurs, il dément avoir été prié de quitter la Tunisie. Les autorités tunisiennes disent le contraire. L’un des deux ment.

En conclusion de ses déclarations au Point, BHL affirme: “On constate une fois de plus qu’une démocratie ce n’est pas seulement des élections. C’est aussi une culture. (…) Et il reste en Tunisie, comme dans le reste du monde arabe, beaucoup à faire de ce point de vue“. En d'autres termes, les Tunisiens sont à peine dignes de la démocratie.

 

-Un journal tunisien répond à BHL.

C'est sous la plume de son directeur Nizar Bahloul que le journal digital Business News répond à BHL. On y lit notamment cette conclusion:

"BHL poursuit son œuvre et continue ses conspirations avec les Libyens sur la terre tunisienne en pleines élections législatives et présidentielle. Tout cela s'appelle conspiration et invite à la suspicion. Demander l'expulsion d'un tel personnage est la moindre chose pour un citoyen qui s'estime libre vivant dans un pays supposé être indépendant.
"BHL peut jouer aux vierges effarouchées et épingler une partie des Tunisiens sans avoir le courage d'évoquer le président de la république, l'ami Moncef Marzouki, cela ne change rien à la donne et ne servira qu'à alimenter la fausse image et les mauvaises analyses qu'a l'intelligentsia française et certains de ses politiques de la Tunisie, de sa révolution, de ses jeunes et de sa toile".

 

L’hypothèse plausible et inquiétante, sans conspirationnisme, mais sous forme de mise en garde et qui agite des milieux intellectuels laïcs tunisiens est la suivante: c’est celle qui  prête à BHL l’intention de contribuer à unir les Amazighs d’Afrique du Nord, non pas dans le but de faire reconnaître leur identité ou leurs droits légitimes, mais dans un objectif politique, contrer l’islamisme et créer ultérieurement une entité à part. En d’autres termes, le scénario du Kurdistan. Quand on voit l’éclatement des Etats-nation au Proche Orient, on ne peut que frémir.

Et pour finir, les déboires de BHL en Tunisie continuent d’amuser la twittosphère.