« Toute mon inspiration vient d'Ahmad Jamal, le pianiste de Chicago » déclarait Miles Davis en 1958. Si ces mots ont incontestablement contribué à forger sa légende, il faut préciser que c’est grâce à sontoucher fluide instantanément identifiable qu’Ahmed Jamal est entré dans la grande histoire du jazz.

Afin d’illustrer son talent hors norme, rien ne vaut l’écoute de la composition intitulée Poinciana enregistrée live au Pershing Hotel de Chicago où Ahmad Jamal a pris date avec son destin légendaire.

Dans ce morceau incontournable, on trouve une véritable cohésion rythmique, un art de la respiration et du silence, et la recherche aboutie d'une sonorité globale parfaite. Ce morceau est un mélange de sobriété et de sophistication qui débouche sur une musique sans empressement mais avec un goût des tempos maîtrisés de bout en bout.

Une attention particulière doit être portée au jeu du batteur Vernel Fournier qui est en parfaite symbiose avec le jeu percussif d’Ahmad Jamal.

Dans le morceau « One » composé en 1979 et joué au festival de Vienne en 2011, Ahmad Jamal joue à la fois sa vie passée, son présent tout en se projetant dans l'avenir.

Du début à la fin, il entre dans une entente sans faille avec ses acolytes et de cette synchronicité, jaillit une musique pétillante et entrainante. Son jeu passe d’un feu paisible à une dynamique d’accords radicaux avec un groove exacerbé par une rythmique de pointe proprement hallucinante.

Le dernier morceau « Arabesque » tiré de l’album « Crystal » enregistré en 1987 est un pur moment de bonheur musical. L’espace qu’il utilise pour le voicing d’ensemble de son groupe, la légèreté de son toucher, sa façon très particulière de phraser notes, accords et traits sont absolument renversant

« Arabesque» illustre parfaitement la complémentarité orchestrale d’un trio avec un jeu reposant sur une approche de retenue qui refuse la surabondance des effets. Le choix parcimonieux des notes jouées est servi par le toucher unique d’Ahmad Jamal qui arrive à isoler chacune d’entre elle

Ce dernier témoin de l’ère des géants encore très actif sur la scène musicale ne s’est pas contenté d’être spectateur des évolutions musicales mais a eu l’intelligence de les intégrer dans son présent.

Il n’est point besoin de conclure que cette programmation ne concerne que les incontournables d’Ahmad Jamal et que l’essentiel de son œuvre reste à découvrir pour les profanes.