“Il n’y a eu ni pressions, ni politique, ni coups de fil“, affirme M. Fassi Fihri. La commission a siégé en toute indépendance. Reconstitution des faits, établie à partir des explications du DG.
Chaque film distribué commercialement au Maroc, dans les salles ou sous forme de DVD, doit obtenir un visa préalable. Le visa est octroyé par une commission qui siège au CCM, qui est présidée par le CCM et qui est composée d’un représentant du DG, et de quatre représentants des ministères de la Communication et de la Culture, des distributeurs de films et des exploitants de salles. Le représentant des exploitants, M. Mouline, étant décédé depuis un mois et demi, la commission siège à quatre membres, en attendant son remplacement par ses pairs. En cas de partage des voix, c’est la voix du président qui est prépondérante.
M. Fassi Fihri explique qu’il ne connaît pas les membres de la commission, sauf le représentant du CCM. Donc, “pas d’ingérence“. Ni “faiblesse“ d’ailleurs, puisqu’il répète qu’il n’a subi aucune pression, ni reçu le moindre coup de fil.
Donc, la commission se réunit le vendredi 19 décembre pour visionner le film Exodus. Les membres autorisent ce long métrage, pour les 16 ans et plus. Mais le représentant du ministère de la Communication émet des réserves. Ses réserves portent sur la première séquence où l’on voit un enfant qui dit “Je suis…“. Et on peut interpréter sa réponse comme une tentative de personnifier Dieu. Sauf qu’à la fin du film, on comprend parfaitement qu’il s’agit d’un messager.
Sur la base donc de cette interprétation possible, le représentant du ministère de la Communication émet des réserves. Ces réserves, selon l’usage, signifient un second visionnage, même s’il s’était agi du cas inverse: un film interdit.
Le second visionnage est organisé pour le vendredi suivant, 26 décembre. Mais le film est déjà programmé dans les salles pour le mercredi 24. Selon le DG, le CCM appelle les exploitants des salles concernées, par téléphone, pour leur demander de temporiser, d’attendre le second visionnage. “Aucune menace n’a été proférée, aucune pression n’a été exercée“.
Au second visionnage, le représentant du ministère de la Communication a expliqué qu’il considérait cet enfant comme une représentation de Dieu et que donc il s’agissait d’une démarche blasphématoire. Il a convaincu les autres membres qui ont tous retenu cet argument. Ils avaient le droit de prendre cette décision à condition de la motiver, et ils l’ont motivée de cette façon. C’est-à-dire par une simple interprétation.
“Je n’ai rien contre Ridley Scott, ni contre la Fox. Le CCM n’a rien à voir dans cette décision. Elle a été prise à l’unanimité des membres par la commission ad hoc. Si demain, la Fox enlève cette séquence, je présente de nouveau le film à la commission. Je ne fais pas de politique, il y a trois mois, j’étais dans le privé“, se défend Sarim Fassi Fihri.
Ridley Scott a tourné cinq films au Maroc, avec un budget global dépensé de 50 à 60 millions de dollars. “Je suis prêt à aller le rencontrer s’il y a lieu. Nous avons ouvert des canaux avec la Fox et je leur ai dit que je suis prêt à tout négocier sauf la sensibilité religieuse des Marocains“, révèle M. Fassi Fihri qui ajoute: “Je suis contre la censure et ce n’est pas de la censure“. Sarim Fassi Fihri rappelle aussi que contrairement à une fausse information qui s'est répandue, aucune image du film Exodus n'a été tournée au Maroc.
A propos de censure ou d'interdictions, il rappelle également que les films Noé et Persépolis n'ont jamais été autorisés au Maroc, même pas dans le cadre d'un festival.
Ses derniers mots vont vers les exploitants des salles, une question qui lui tient à cœur: “Il ne reste que 50 salles au Maroc, je ne suis pas là pour leur mettre les bâtons dans les roues, je ne suis pas là pour interdire mais pour assouplir. Au contraire, je veux les aider“.
Au final, c’est donc une sorte de principe de précaution qui aura prévalu. Et personne ne saura jamais, ni ne pourra démontrer que cette décision était bonne ou mauvaise.