Dans un pays où la charia est source de droit, oser une lecture critique de l’histoire officielle a valu à Mohamed Cheick Ould Mohamed une condamnation pour apostasie même s’il n’a pas abjuré sa foi islamique.

Malgré le fait qu’il ait nié l'intention de critiquer le prophète mais simplement de défendre une composante sociale aujourd’hui "mal considérée et maltraitée", la caste des forgerons ("maalemines"), en donnant des exemples puisés dans l’histoire, les juges l’ont puni lourdement pour ses écrits «blasphématoires» publiés brièvement sur des sites mauritaniens puis retirés.

Ce fils du préfet de Nouhadibou prétendait vouloir défendre une communauté méprisée et exploitée dans son pays, dont il fait partie dans une société subdivisé en castes hermétiques. Avant même d’être condamné, ses écrits lui ont valu d’être licencié par son employeur et d’être renié par sa famille et sa belle-famille. Mais cette réprobation n’a pas suffi, les autorités sont allées plus lin, jusqu’à le condamner à mort.

Dans une tribune rédigée en langue arabe, il attaquait «les décisions prises lors de la conquête de La Mecque au cours de laquelle les mécréants combattant l'islam furent graciés parce qu'ils étaient des proches parents du Prophète et de ses compagnons, contrairement aux juifs qui étaient exécutés pour avoir seulement comploté contre le Prophète».

Faisant le parallèle avec cette époque, il accusait dans ses écrits son pays d'avoir perpétué «un ordre social inique marginalisant au nom de l'islam certaines catégories sociales comme les "Moualamines, les descendants d'esclaves et les griots».

Le juge a estimé qu’il méritait la peine de mort car il «parlait avec légèreté du prophète et qu’il enfreignait les ordres divins». A l’énoncé du verdict, le jeune Mohamed s’est évanoui alors que de bruyantes scènes de joie ont eu lieu tant au tribunal que dans les rues de Nouadhibou et de Nouakchott.

Malgré le fait qu’il se soit repenti pendant sa comparution, la cour n’a pas jugé utile d’en tenir compte alors que le repentir est censé être une circonstance atténuante en pareil cas de figure.

L’article 306 du code pénal mauritanien prévoyant la peine de mort pour tout musulman ayant renoncé à l'islam, explicitement ou à travers des actes ou paroles prévoit pourtant la possibilité de repentir.

Quinze jours avant cette condamnation à mort, le président Mohamed Ould Abdel Aziz s’était joint aux milliers de manifestants en colère rassemblés devant son palais pour réclamer la tête de «l’apostat blasphémateur». Il s’était engagé à "prendre toutes les mesures nécessaires pour défendre l'islam et son prophète en déclarant que la justice «fera son travail car soyez certains que l'islam est au-dessus de tout, de la démocratie et de la liberté».

Le jeune accusé n’a d’ailleurs bénéficié d’aucun soutien de la société civile car aucun avocat mauritanien n’a accepté de prendre en charge sa défense et il a du se contenter d’un défenseur commis d’office.

Conspué de partout, il a également été condamné par la commission nationale des droits de l’homme mauritanien (CNDHM) qui a fait part de sa consternation pour des écrits jugés «blasphématoires, vexatoires et provocateurs et hérétiques».

Au final, si la raison d’Etat de la République islamique de Mauritanie lui a valu une condamnation à mort, il apparait probable que cette même raison d’Etat lui sauvera la vie en annulant son exécution.

Sinon comment expliquer à l’opinion mauritanienne et internationale, l’exécution d’un «apostat» n’ayant pas de sang sur les mains alors qu’il y a un moratoire de fait depuis 1987 et que de nombreux assassins terroristes de l’AQMI croupissent dans les couloirs de la mort sans être inquiétés selon les propos d’organisations de droits humains.

Malgré le fait que cette affaire a eu une faible couverture médiatique à travers le monde, le président mauritanien dépositaire du droit de grâce, devrait logiquement en user sans quoi il se retrouverait dans une situation politique et diplomatique inextricable.

Soulignons qu’une pétition mondiale qui a été lancée sur Change.org, en soutien au condamné à mort, à laquelle nous nous associons, n’a recueilli à ce jour que 2.503 signatures.