La Central Intelligence Agency américaine publiait en l’an 2000 un rapport sur l’état du monde en 2015. Selon le directeur de la CIA de l’époque George Tenet, le rapport avait été réalisé suite à des échanges avec la communauté académique, des intellectuels et des opérateurs économiques, par opposition à un rapport établi sur les bases d’informations classées et de sources confidentielles.
Avec le recul, ce que la CIA prévoyait pour 2015, ce que la presse en disait et l’analyse qu’en faisaient certains consultants stratégiques américains ne sont pas sans enseignements utiles.
Il y a 15 ans, la CIA avançait une analyse majeure qui se révèlera vraie: «Les relations internationales seront de plus en plus déterminées par de grandes et puissantes organisations plutôt que par les gouvernements», indiquait-elle. Al Qaida, puis les Shabab somaliens ou encore al Baghdadi ont confirmé la pertinence de cette analyse.
Flux sans contrôles
En 2000, La CIA écrivait que «les gouvernements auront de moins en moins de contrôle sur les flux de l’information, de la technologie, des maladies, des migrants, des armes et des transactions financières, qu’elles soient licites ou illicites», se souciant également de la montée en puissance de la Chine.
Sur l’Irak et de l’Iran, avec Saddam Hussein au pouvoir à Baghdad et des relations entre Washington et Téhéran exécrables, la CIA prévoyait que les deux pays «développeraient des missiles à longue portée dans le futur proche» avec «l’Iran qui pourrait tester de telles armes dès l’année prochaine», soit 2001.
Le rapport de la CIA intitulé Global trends 2015 ajoutait qu’«entre maintenant et 2015 les tactiques terroristes deviendraient de plus en plus sophistiquées ayant pour objectif de causer des dégâts massifs». Les attentats du 11-Septembre à New York en 2001 puis la vague des attentats de Casablanca en 2003, Madrid en 2004 ou Londres en 2007 ont confirmé ces sombres prédictions.
La CIA avait également prévu une population mondiale à plus de 7 milliards d’habitants en 2015 et des ressources énergétiques suffisantes. Mais la CIA s’était trompée sur la montée de la puissance économique chinoise qu’elle voyait devant l’Europe «mais encore bien derrière celle des Etats-Unis». Depuis 2014, le PIB chinois est supérieur à celui des Etats-Unis.
Afriques résilientes
Sur l’Afrique, la CIA prévoyait une chute de la population entre raison «du sida, de la famine et des troubles économiques et politiques», une fausse prévision sachant qu’en 15 ans, la population africaine est passée de 800 millions à 1,1 MM d’habitants.
Ecrivant sur ce rapport James Langton, correspondant new-yorkais du Telegraph de Londres notait que «le monde est au seuil d’une nouvelle ère ressemblant au scénario d’un film de James Bond», ce qui n’est pas entièrement faux.
Time magazine parlait de « a boule de cristal tourmentée de la CIA» rappelant que le romancier et dissident tchèque Milan Kundera parle de l’optimisme comme d’un opium.
Le rapport de la CIA parle d’alliances entre «les mafias européennes et des triades chinoises capables de corrompre les dirigeants d’Etats économiquement fragiles et instables», «phagocytant des entreprises et des banques en difficulté, et coopérant avec des mouvements politiques pour prendre le contrôle de zones géographiques substantielle».
Comme décrivant la situation au Sahara et au Sahel en 2015 ou celle prévalant au Levant, le rapport de la CIA indique que «leurs revenus proviendront du trafic de drogue, de la traite des êtres humains, du trafic de déchets dangereux, d’armes illégales et de technologies militaires».
Selon la presse anglo-saxonne, le Global Trends 2015 de la CIA a constitué une lecture-clé de George W. Bush à son entrée à la Maison-Blanche en janvier 2001, comme quoi on peut faire un mauvais usage d’analyses pertinentes.
Certains gouvernements victimes des Printemps arabes auraient également pu faire un bon usage du rapport de la CIA. L’un des titres du rapport s’intitule: «Défis-clés à la gouvernance: les citoyens décideront».
S’il existe enfin un point sur lequel le rapport de la CIA publié en 2000 ne s’est pas trompé, c’est celui de l’éducation. «L’éducation sera déterminante pour le succès des Etats comme des individus en 2015», écrivaient les analystes américains élaborant sur les besoins et les défis posés par une économie globale et de rapides évolutions technologiques.
Alors, que dit la CIA de 2030? Ce sera l'objet d'un prochain article sur Médias 24.