«Cinquante ans déjà, et je suis toujours là», c'est le slogan que pourrait lancer aujourd'hui le seul soliste violoniste français dont le nom soit pleinement reconnu dans le Panthéon américain du Jazz.
Jean-Luc Ponty a toujours veillé à contredire cette appréciation de Frank Zappa avec qui il a débuté: «Il y a des gens qui disent que le jazz est mort, il n'est pas mort, mais il sent vraiment mauvais.»
Son jazz est une ode à la béatitude noyée dans de la mélancolie qui invite au départ en télétransportant dans un univers cosmique les mélomanes sans qu’ils n’aient nul besoin de bouger.
Les titres de ce «Coltrane du violon» sont édifiants en ce sens que leur signification est toujours liée à un esprit de vagabondage musical et à une volonté de découverte d’horizons intergalactiques.
Le titre «Mirage» tiré de l’album «Enigmatic Océan» composé en 1977, pose tout de suite le décor: Un univers musical extraterrestre très particulier et immédiatement identifiable par les aficionados
En attaque comme en phrasé, les sonorités de ce morceau constituent des signatures infalsifiables où Ponty obtient un effet musical synthétique sur les cordes de son seul violon électrique.
Quitte à être pléonastique, la mélodie de «Mirage» est une véritable pépite envoutante et le solo de JLP provoque une émotion unique grâce à une ligne de basse et une rythmique tirées au cordeau.
Avec «Open minds» de l’album éponyme publié en 1984, se dégage un sens de l'espace musical avec une attention lyrique mélodique et une vélocité interprétative doublée d’une grande retenue.
Adepte d’expérimentations électroniques, il jette les bases d’un style très particulier qui allie avec bonheur son violon électrique aux claviers Fender Rhodes et au mythique synthétiseur ARP 2600.
Lors de sa sortie, ce morceau s’est classé à la 1e place du Jazz Billboard mais rien d’étonnant à cela quand on sait que ses complices de l’époque n’étaient autre que Chick Corea et George Benson.
De sa vie passée de soliste, JLP conserve les climats orchestraux et les couleurs sonores, du jazz, l'art des solos improvisés et du rock, l'énergie brute, le rythme carré et le goût de la recherche électronique.
«Stay with me» de l’album « A taste for passion » (1979) est une fusion réussie d’accords électroniques entre jazz acoustique et musique classique transportant dans une autre dimension.
Le jeu harmonique de Ponty prend une dimension onirique avec un indispensable silence car comme disait Miles Davis, «la véritable musique est le silence et les notes ne font qu’encadrer ce silence».
Une musique moderne où l’apparition d’un nouveau style de violon relance l'intérêt pour cet instrument dans le jazz car outre sa virtuosité époustouflante, Jean-Luc Ponty est avant tout un expérimentateur avant-gardiste qui manque à bien des formations de jazz-rock.