Les Global Trends 2030 (Tendances globales 2030 : des mondes alternatifs), un rapport publié il y a 24 mois par le Department of National Intelligence (DNI) américain, font plus de place à l’analyse des conséquences géopolitiques de la baisse ou de l’affirmation de la puissance américaine. Cette analyse se révèle utile à la lumière des récents choix mal interprétés ou mal expliqués de la diplomatie américaine en Europe de l’Est, au Moyen-Orient ou en Asie.

Le DNI supervise l’action de la CIA et d’autres agences de renseignements américaines depuis 2005.  

En 2000, la CIA avait réalisé un rapport du même type, tentant de prévoir le monde tel qu’il serait en 2015.

Le rapport s’ouvre sur une citation de l’économiste John Maynard Keynes : « l’idée que le futur puisse être différent du présent est tellement étrangère à nos modes de pensée et de comportement traditionnels que la plupart d’entre nous offre une grande résistance à chercher à l’influer ».

« Une meilleure saisie du facteur de la vitesse et du changement dans le temps » : les Global Trends 2030 (GT 2030) rappellent que la montée en puissance de la Chine et la stagnation de la Russie étaient prévues mais à des rythmes différents. La même réflexion est menée sur « l’attention à l’idéologie ». Nouveauté également : « comprendre les conséquences de second et de troisième ordres ».

Tendances lourdes

Les GT 2030 citent une plus grande prise de conscience individuelle due « à la réduction de la pauvreté, à la croissance des classes moyennes, à l’élargissement de l’éducation et à l’usage des moyens de communication. »

L’étude affirme qu’ « il n’y aura pas de puissance hégémonique » en 2030, celle-ci devant de plus en plus passer « à des réseaux et à des coalitions dans un monde multipolaire ».

Sur le plan de la démographie mondiale, sans surpise, les GT 2030 citent « une croissance économique qui pourrait décliner dans les « vieux » pays, un monde urbanisé à 60% et des flux migratoires en croissance ». Sur l’alimentation, l’énergie ou l’eau, les GT 2030 annoncent une demande globale à la hausse.

« Game-changers »

Parmi ce que les Américains appellent des « game-changers », des événements décisifs ou faits déterminants susceptibles de modifier en profondeur une donne ou les données d’un problème, les GT 2030 avancent que les réponses seront déterminées par la qualité de la réaction des Etats-Unis et de la communauté internationale aux défis posés.

Ainsi, « la volatilité et les déséquilibres des intérêts entre les différents acteurs provoqueront-ils le chaos ? » se demande le rapport ; ou bien, « plus de multipolarité créera-t-elle plus de résilience dans le système économique mondial ? »

Au sujet des questions d’actualité en 2015, les GT 2030 se demandent si « l’instabilité régionale, particulièrement au Moyen-Orient et en Asie du sud-est, connaîtra des débordements et créera une insécurité globale. »

Le rapport se demande également si « des avancées technologiques seront développées à temps pour améliorer la productivité de l’économie et résoudre les problèmes causés par la croissance démographique mondiale, l’urbanisation rapide et les changements climatiques ». « Les Etats-Unis sauront-ils travailler avec de nouveaux partenaires pour réinventer le système international ?» s’interrogent les analystes du DNI.

Parmi les changements prévisibles sur la scène internationale, intitulées « évolutions tectoniques » dans le rapport GT 2030, figurent la croissance de la classe moyenne dans le monde en développement, un accès plus aisé à des armes auparavant réservées aux Etats et aux technologies de rupture.

Un glissement de la puissance économique vers l’Est et le Sud et une amélioration de l’indépendance énergétique des Etats-Unis sont aussi envisagés.

Sur ce dernier point, on note que les GT 2030 publiées il y a 24 mois annonçaient une surcapacité de production menant  « à une Opep qui perdrait le contrôle sur les prix avec une chute des cours, causant un impact négatif important sur les économies exportatrices de pétrole ».

« Black swans »

Dans la rubrique des « black swans » (littéralement, les cygnes noirs, des événements imprévisibles ou qui ont peu de chance de se réaliser mais lesquels, s’ils se réalisent, ont des conséquences importantes), les GT 2030 citent plusieurs possibilités :

-une épidémie,

-une crise européenne due à une détérioration de la situation en Grèce,

-un Iran réformé, lequel « abandonnant ses ambitions nucléaires et se concentrant sur sa modernisation améliorerait les chances d’un Moyen-Orient plus stable ».

A la lumière de l’actualité de ces dernières heures, c’est dans cette direction que semble se diriger le président iranien Hassan Rohani, menaçant ses opposants d’organiser un référendum sur le résultat des négociations nucléaires avec les Occidentaux à l’été 2015.

Le rapport parle également de possible tempêtes solaires géomagnétiques qui auraient un impact sur les réseaux électriques et de télécommunications.

4 mondes possibles

En résumé, les GT 2030 voient 4 mondes possibles se dessiner à l’horizon :

-dans le pire des scénarios, le risque de conflits interétatiques s’accroit, les Etats-Unis s’isolent et la globalisation cale.

-deuxième hypothèse, c’est le meilleur des scénarios possibles : fusion et partenariat s’opèrent entre les Etats-Unis et la Chine, les deux pays collaborant sur un large éventail de dossiers.

-autre mauvais scénario, celui qui voit « le génie sortir de la bouteille » avec une explosion des inégalités : quelques grands vainqueurs et de nombreux Etats perdants, les inégalités au sein des Etats suscitant d’importantes tensions sociales.

-le scénario du « monde sans Etats » avec les acteurs non-étatiques qui s’organisent pour résoudre les problèmes globaux.