Répandre la haine, semer la terreur. C’est en peu de mots la stratégie de Da’ech, partout où l’organisation de Baghdadi passe. Et ce qui est valable pour la Syrie ou l’Irak, le Nigéria ou la Libye, l’est également pour la France.
Les derniers événements, entamés mercredi avec le massacre à Charlie Hebdo puis avec les événements de Montrouge et de Porte de Vincennes, s’inscrivent parfaitement dans la stratégie de Da’ech et sont déjà utilisés par cette organisation criminelle. Les événements sont exaltés pour susciter de nouvelles adhésions, pour servir de modèle, pour être répliqués.
Le système de Da'ech tranche totalement avec la précédente stratégie d’Al Qaïda qui réclamait des moyens sophistiqués et avait une préférence pour les explosifs et les moyens spectaculaires.
Là, les opérations sont plus faciles à organiser. Ce qui s’est passé le mercredi 7 janvier est à bien des égards un “11-septembre“ français mais par d’autres côtés, il en diffère totalement. Nous sommes dans une guerre nouvelle, différente. Une différence de nature, pas de degré.
Ce en quoi Da’ech diffère d’Al-Qaïda
Al-Qaïda était une organisation diffuse et le revendiquait. Le maître mot était la clandestinité. L’organisation était totalement décentralisée, à tel point que l’on a parlé de franchises, plutôt que de filiales. Le mot lui-même, Al-Qaïda, signifie base ou fondation.
Au contraire, l’organisation de Baghdadi (Da’ech) est pyramidale et le revendique. Elle a réalisé des conquêtes territoriales, se donne la qualité d’Etat (islamique) et publie ou fait connaître son organigramme et l’organisation du territoire qu’elle contrôle.
La stratégie de Da’ech est connue depuis le milieu des années 2000. En trois étapes, elle est basée sur la terreur. Elle est contenue dans un recueil de textes tous publiés sur des forums jihadistes vers 2006 et signés d’un inconnu, Abou Bakr Naji, probablement un pseudonyme.
Da’ech veut répandre la terreur, aime le faire, et a appris à le faire. En gros, la stratégie consiste à semer la terreur, de sorte à affaiblir l’Etat, créer le chaos pour ensuite s’installer en tant que seule force de régulation, de stabilisation et de sécurisation. C’est exactement ce qui s’est passé en Irak et en Syrie et c’est la stratégie en cours dans le nord du Nigéria et en Libye.
Et la France dans tout ça ?
Ni la France, ni l’Europe, ni aucun pays non musulman ne sont loin de tout cela. Ben Laden défendait le concept d’ennemi proche et d’ennemi lointain. Rien de cela chez Baghdadi. Tous les ennemis sont bons à prendre. Et ceux qui ne sont pas avec lui sont ses ennemis.
A plusieurs reprises, Baghdadi a délivré ses instructions contre les pays non musulmans. En septembre dernier, son porte-parole Al-Adnani a fait cette injonction dans un discours largement diffusé: "Si vous pouvez tuer un incroyant américain ou européen -en particulier les méchants et sales Français- ou un Australien ou un Canadien, ou tout (…) citoyen des pays qui sont entrés dans une coalition contre l'État islamique, alors comptez sur Allah et tuez-le de n'importe quelle manière […] Frappez sa tête avec une pierre, égorgez-le avec un couteau, écrasez-le avec votre voiture, jetez-le d'un lieu en hauteur, étranglez-le ou empoisonnez-le".
Les tueurs de Charlie Hebdo, de Montrouge ou de Porte de Vincennes n’ont pas forcément agi pour obéir à cette injonction. Mais l’esprit est le même. Ils ont été abreuvés par le discours de haine et l’exaltation du meurtre et du martyre. Tout comme les tueurs de Raqqa en Syrie, de Mossoul en Iraq, de Derna en Libye. Baghdadi a déclaré la guerre à tous ceux qui ne sont pas comme lui. Il veut semer la haine, la terreur et le chaos et ne s’en cache pas.
Depuis le discours de Adnani en septembre 2014, la galaxie da’echienne sur le web (twitter et forums essentiellement), composée à la fois d’activistes et de sympathisants, évoque régulièrement le plan pour l’Occident: surprendre les occidentaux dans leur vie quotidienne, au moment où ils s’y attendent le moins, par un meurtre, un coup de couteau, une pierre, un tir… L’objectif est de semer la terreur. Ce genre de consignes est devenu très fréquent depuis mercredi dernier et l’affaire Charlie Hebdo. “Ce n’est qu’un début“, menacent les intervenants sur le web da’echien. “Vous ne pourrez plus vaquer tranquillement à vos occupations, la terreur va vous accompagner, même dans vos foyers“.
Baghdadi s’est fait également le grand spécialiste de la haine inter-ethique, interconfessionnelle, inter-communautaire, inter-religieuse. En Irak, les meurtres aveugles perpétrés contre les chiites depuis le milieu des années 2000, ont conduit à des ripostes chiites, parfois du même ordre. Les carnages de Baghdadi ont semé une haine profond entre communautés et il paraît impossible que l’Irak retrouve son unité dans un avenir raisonnable.
La même mécanique est essayée en France. Les Da’echiens rêvent d’une France où les musulmans (immigrés ou français) seraient opposés aux non-musulmans. Ils rêvent d’un retour à l’instinct tribal, avec une spirale d’attentats et de contre attentats de part et d’autre, un pays qui se déchire, un Etat affaibli…
La France a les moyens d’éviter ce piège et tous les amalgames qui y conduisent.