C'est un médecin requis par les autorités saoudiennes qui a déclaré que les blessures infligées par la première série de 50 coups de fouet reçue par Raif Badawi n'ont pas été cicatrisées. Par humanité en quelque sorte, les autorités ont suspendu la seconde série. Raif Badawi a été condamné à 20 séries de 50 coups chacune, soit 1.000 coups de fouet au total, ainsi que dix ans de prison, piur "insulte à l'islam", ce qui est totalement faux.

Raif Badawi avait créé un forum libéral, qui a été interdit au milieu de l'année 2014. Il critiquait en réalité la Tradition et appelait à l'instauration de la laïcité dans ses écrits. Quelques extraits significatifs de ses écrits viennent d'être publiés par The Guardian. Les autorités lui ont reproché de critiquer la religion et de faire preuve de mauvaise volonté en rechignant à supprimer de son forum, des textes jugés sacrilèges.

Prévue vendredi 16 janvier, la flagellation de Raif Badawi a été reportée, probablement d'une semaine, car les plaies des premiers coups de fouets n'ont pas suffisamment cicatrisé, selon son épouse et Amnesty International.

M. Badaoui, 31 ans, a été condamné en novembre à dix ans de prison, une amende de 1.000 riyals (266.000 USD) et 1.000 coups de fouet répartis sur 20 semaines pour "insulte à l'islam".

Il s'est vu infliger le 9 janvier devant une mosquée de Jeddah (ouest) les 50 premiers coups de fouet, déclenchant un tollé international, et devait en recevoir 50 autres ce vendredi. Une vidéo clandestine de cette flagellation a été diffusée. Elle a montré une petite foule qui criait Allah Akbar à l'issue de l'administration du châtiment corporel.

Selon Amnesty International, "le médecin avait conclu que les blessures n'avaient pas encore cicatrisé correctement et que (le militant) ne serait pas capable de supporter une autre séance de coups de fouet".

L'épouse du blogueur, Ensaf Haidar, a indiqué à l'AFP avoir appris vendredi que le cas de Raif Badawi avait été "renvoyé par le Tribunal royal à la Cour suprême il y a presque un mois", ce qui pourrait ouvrir la voie à un appel.

"Inhumanité scandaleuse"

Les prochains coups de fouet auront "probablement lieu vendredi" 23 janvier, a ajouté l'épouse du blogueur jointe par téléphone au Canada où elle a trouvé refuge avec ses trois enfants. Elle a exhorté "le monde entier (…) à mettre la pression sur l'Arabie saoudite pour qu'elle libère Raif".

Amnesty International a de nouveau dénoncé une peine d'une "inhumanité scandaleuse", tandis que Reporters sans frontières a demandé "l’abandon pur et simple de cette sentence barbare", craignant que M. Badawi ne survive pas aux coups.

Emprisonné depuis 2012, Raif Badawi était l'animateur du site internet Liberal Saudi Network et a été le lauréat en 2014 du prix Reporters sans frontières (RSF) pour la liberté de la presse.

Les autorités ont fermé ce site. Une femme qui militait pour les droits de l'Homme aux côtés de M. Badaoui, Souad Chammari, avait indiqué lors de sa condamnation que le site avait "critiqué la police religieuse".

Mme Haidar a déclaré à l'AFP que le procès était centré sur des déclarations qu'il avait faites à France 24 en décembre 2010. "Un athée a le droit de dire ce qu'il veut (…) et personne n'a le droit de lui réclamer des comptes pour ses opinions", avait-il dit à la chaîne basée à Paris.

Condamnations internationales

A l'époque, M. Badawi avait indiqué que son site "avait mis en colère les radicaux en Arabie parce qu'il exposait leurs actions, tout particulièrement ceux de la Commission de la promotion de la vertu et de la prévention du vice", la police religieuse.

Il avait également dit avoir dû se cacher après avoir reçu des menaces, notamment de mort.

Jeudi, le Haut Commissaire de l'ONU aux droits de l'Homme, Zeid Ra'ad Al Hussein, avait exhorté le roi Abdallah d'Arabie saoudite à gracier le blogueur, soulignant que la flagellation "est interdite par la législation internationale".

Cette peine a été jugée "inacceptable" par l'Union européenne, et les Etats-Unis ont évoqué une "punition inhumaine" et appelé les autorités à l'annuler.

L'Arabie saoudite, berceau du wahhabisme (version rigoriste de l'islam), est un royaume ultraconservateur. Toute critique de la dynastie des Al-Saoud, des institutions religieuses et de l'islam est passible de poursuites judiciaires.

Le royaume est par ailleurs régulièrement épinglé par les ONG de défense des droits de l'Homme pour ses exécutions. Pas moins de 10 personnes ont déjà été exécutées depuis le début de l'année.