Au lendemain des attentats contre Charlie-Hebdo et l’épicerie casher de Paris des 7 et 9 janvier derniers, Madrid accentue ses contrôles sécuritaires. Des consignes spéciales ont été données à la police. Bab Sebta et Béni Ansar, à Melilia, devraient connaître des changements drastiques.

La presse espagnole se fait l’écho de recommandations spéciales communiquées aux agents de police espagnols par le département de Jorge Fernandez Diaz.

Attention particulière portée au pays « chauds »

Il s’agit tout d’abord de vérifier de manière plus approfondie les passeports des voyageurs arabes en Espagne : visas et cachets d’entrée et de sortie dans les pays du Moyen-Orient et du Maghreb, avec une attention une attention particulière pour les pays « chauds » : Irak, Syrie, Jordanie, Turquie, Arabie saoudite et Liban. Mais on peut considérer que cette liste n’est pas exclusive.

Par ailleurs les recommandations de la direction de la police nationale espagnole à ses agents est de faire attention à ceux qui prennent des photos dans des zones non touristiques ou qui portent d’importantes sommes en espèces sur eux.

Dans sa quatrième recommandation, la note de service demande « une attention spéciale avec les individus de nationalité algérienne, qui sont plus conflictuels que les Marocains » soulignant qu’il faut accentuer les mesures de sécurité lors des contrôles de citoyens algériens.

Aux policiers, il est également demandé « d’éviter tout commentaire à caractère raciste ou xénophobe ». La presse explique cette attention aux ressortissants algériens par le fait que des partis politiques algériens appellent à l’établissement d’un Etat islamique à Alger, que les manifestations anti-Charlie ont été violentes la semaine dernière à Alger et que le pays est le berceau du GIA et du FIS depuis les années 1980.

Enfin, alors que les Français n’avaient pas fini d’enterrer leurs morts, on apprenait que le corps décapité de l’otage Hervé Gourdel était découvert en Kabylie. Hervé Gourdel avait été kidnappé et exécuté l’été dernier. Son corps n’a été retrouvé que la semaine dernière au milieu de la plus grave crise terroriste et sécuritaire que la France ait vécu en un demi-siècle.

« Avant, c’est trop tôt, après, c’est trop tard »

Ces nouvelles consignes de sécurité ont commencé à être appliquées sur les régions de Madrid, Barcelone, Valence, Malaga et Séville, ainsi qu’à Sebta et Melilia.

Depuis les attentats de Paris, l’Espagne a rehaussé son niveau de vigilance anti-terroriste. Quelques jours avant, un Marocain qualifié de « déséquilibré » avait semé la panique à la gare Atocha  de Madrid en criant qu’il allait se suicider et « tout faire sauter ».

Au lendemain des attentats de Paris, les polices européennes ont découvert que Hayat Boumeddiene, la compagne d’Amady Coulibaly, avait quitté Paris le 2 janvier pour la Turquie et la Syrie via… Madrid.

La presse révèle également ce week-end que l’Intérieur espagnol a renforcé la surveillance de  100 islamistes radicaux « mais qui n’ont rien fait ». El Mundo indique toutefois que ce sont des islamistes qui ont applaudi aux attentats de Paris.

L’une des difficultés actuelles de la lutte anti-terroriste en Europe réside dans ce dilemme : tant que les terroristes n’ont rien fait, c’est trop tôt ; et quand ils ont fait, c’est trop tard, note les observateurs espagnols.

 Sebta, Melilia et la Catalogne figurent parmi les grands points d’attention actuels avec un développement de la coopération sécuritaire avec les Etats-Unis, le Maroc et la France.

Sécuriser et informatiser la frontière de Sebta

L’une des priorités du gouvernement de Madrid au cours des prochaines semaines va être de rendre plus étanches les postes-frontières des enclaves de Sebta et de Mélilia, révèle El Mundo de ce 18 janvier.

 Outre le choc des attentats de Paris et la découverte du transit par Madrid de Hayat Boumeddiene, les experts espagnols, européens et marocains savent que les jihadistes marocains sont en majorité recrutés à Fnideq, Tétouan, Tanger et Nador.

20 à 25.000 personnes passent par le seul poste-frontière de Sebta chaque jour, dont 3.000 autorisés à travailler légalement à Sebta.  10.000 voitures franchissent la frontière quotidiennement.

Mais sachant que les résidents frontaliers à Fnideq ou Tétouan peuvent entrer à Sebta sans visa, un important trafic existe. On « loue » son passeport ou on le vend à des compatriotes ou à des réfugiés syriens.

Ces derniers temps également, et afin de ne pas ralentir les flux commerciaux, les autorités de Sebta autorisaient de plus en plus les passeurs et portefaix marocains à passer la nuit dans les entrepôts de marchandises de la ville afin qu’ils puissent livrer leurs clients à Fnideq et à Tétouan au petit matin. Les autorités de Sebta sont en train de mettre fin à cette tolérance.