Jamais auparavant, un haut gradé comme le lieutenant général Dubik n’avait osé remettre en cause la méthodologie militaire utilisée dans sa campagne mondiale contre le terrorisme. Dans un article publié par Army Magazine, il ne remet pas en cause la justesse de l’intervention américaine mais plutôt la manière inefficace de procéder.

Citant l’ouvrage «La guerre du Vietnam dans son contexte», du colonel Harry G Summers, James Dubik déclare que la guerre actuelle menée contre les mouvements djihadistes ressemble de plus en plus à celle menée au Vietnam où des batailles ont été remportées mais pas la guerre.

Réussir la guerre consiste à sélectionner les buts de guerre et d’identifier des cibles militaires grâce à la mise en œuvre de stratégies militaro-civiles et à construire des mécanismes d'exécution pour traduire les plans en action pour s’adapter au déroulé et pour légitimer la guerre du début à la fin.

A l’heure actuelle, il n’existe pas de dialogue entre les ressources civiles et militaires pour mener à bien ces objectifs car de nombreux fonctionnaires américains ne veulent pas d’un tel dialogue.

Les Etats-Unis ne peuvent pas combattre seuls Al-Qaïda, Da’ech ou d'autres groupes djihadistes radicaux. Face à la menace en Syrie et en Irak, une vraie coalition doit être formée car les autres pays engagés doivent devenir plus qu’un simple détachement à la botte du shérif américain.

Pour atteindre cet objectif, il convient d’identifier les forces militaires et non militaires, américaines et de la coalition, et surtout de mettre en place des stratégies et des politiques communes.

Les Etats-Unis mènent cette guerre avec les forces armées dont ils disposent plutôt que de créer une véritable force commune appropriée pour ce genre de menace.

Les Etats-Unis s’évertuent à utiliser des politiques existantes plutôt que de créer de nouveaux outils d’opérations civilo-militaires disposant de leurs propres ressources intégrées et suffisantes.

Le lieutenant général cite les ouvrages de deux anciens secrétaires à la Défense, Robert M. Gates et Leon E. Panetta, qui affirment que l’exécution des plans militaires à l’étranger a été le plus souvent cacophonique plutôt qu’harmonique.

 

Cette carte est produite par ISW, Institute for the study of war, qui effectue un suivi quotidien des opérations militaires en Irak et en Syrie. Elle montre les zones contrôlées par Da’ech au 15 janvier 2015 (en noir), les zones attaquées par Da’ech (en rouge) et les zones où Da’ech bénéficie de soutien (en bistre), sans pour autant les contrôler ou les administrer.

 

Il n’y a jamais eu d’organes de coordination pour intégrer les actions des ministères et des organismes distincts qui ont tous un rôle à jouer dans cette guerre. Les actions non militaires et les dimensions politiques ont été laissées en friche car l'approche guerrière américaine s’appuie avant tout sur un processus bureaucratique.

Il cite l’expert militaire Robert W. Komer qui souligne dans une étude post-guerre du Vietnam que faire la guerre n’est pas le travail des bureaucraties qui s’ajustent trop lentement à la vitesse de la guerre. Faire la guerre sans mécanismes appropriés se traduit généralement par une exécution irresponsable qui ne fait que rallonger ce type de guerre.

Pour mener à bien ces guerres sur des théâtres d’opération étrangers, le soutien populaire américain doit aussi être de la partie, ce qui n’a été le cas ni en Irak ni en Afghanistan.

C’est une mission difficile car la population doit percevoir que la guerre est justifiée, que son objectif est réalisable et que des progrès sont réalisés mais la dernière décennie a montré que ce n’était pas le cas.

La capacité de mener la guerre par les Etats-Unis souffre car l’Amérique est trop concentrée sur l’objectif tactique de gagner des batailles. Personne ne veut perdre des batailles, mais les gagner tout en perdant la guerre est beaucoup plus risqué.