Peu connu du grand public, ce soliste et adepte des claviers électriques, dont il aura exploré toutes les possibilités, qui s’est éteint à Tampa en Floride mardi 9 février aura plus que marqué l’histoire contemporaine du jazz avec son toucher innovateur et son sens inné de la fusion.

Aussi à l’aise dans un jeu triangulaire qu’à la tête de groupes mythiques comme Return to Forever, le poussin (Chick) qui faisait partie de la cour des grands du jazz a en effet assimilé la tradition du jazz portée par une quête mélodique d’un ailleurs musical.

Ainsi, l’album «My spanish heart» est une œuvre poussée par une affinité indissoluble pour les musiques latines dont il s’est toujours prévalues avec ses racines italiennes et espagnoles

Composé en 1975, cet album aura en effet complètement dévasté le paysage musical de l’époque mêlant libre improvisation et prolongation avant-gardiste du jazz moderne.

Cet enregistrement est à classer dans les monuments de sa carrière dont nous avons choisi deux morceaux édifiants.

Deux merveilles sonores qui réunissent un véritable casting d’enfer (Jean Luc Ponty, Stanley Clarke, Steve Gadd …).

Love Castle

 

Armando’s Rhumba

  

 En dehors d’Herbie Hancock, aucun musicien n’aura utilisé le concept de fusion avec autant de variété que Chick Corea notamment avec son mythique groupe «Return to forever».

Créée en 1972, cette formation a en effet contribué à rendre célèbre des musiciens comme le guitariste Aldi Meola ou la chanteuse Flora Purim..

«Light as a feather», sorti en 1973, mêle allègrement des rythmes de samba, des couleurs latines à des influences classiques et une volonté mélodique affirmée par le biais de véritables chansons.

Dans cet album, Chick Coréa penche davantage pour un son collectif et des rythmes binaires, avec l’usage d’un grand nombre de claviers et de synthétiseurs.

Le morceau éponyme est un concentré de lyrisme devenu un véritable standard de jazz où l’on peut entendre la splendide voix éthérée de sa femme Gayle Moran Corea.

 Son engagement dans les musiques électriques ne l’empêchera cependant pas de donner régulièrement à entendre le versant le plus introspectif de ses talents d’improvisateur ainsi qu’un goût immodéré pour le piano classique dans toutes ses subtilités acoustiques.

Ainsi, en 2010, Chick Coréa avait rendu un hommage intergénérationnel à plusieurs de ses références majeures comme Bud Powell et Thelonius Monk au festival de Jazzablanca (Casablanca) où pour l’anecdote, une grande partie du public s’était retirée sans doute rebutée par leur absence de grille de lecture ou connexion musicale avec ce véritable génie.

Malgré son départ, ce monstre sacré restera indubitablement parmi les rares musiciens qui ont su maîtriser parfaitement les dialectes de jazz avec une philosophie redoutablement efficace qui se passe de tout commentaire supplémentaire: « Ne jouez que ce que vous entendez et si vous n’entendez rien, ne jouez rien du tout »

Au final, nul doute que l’héritage musical de celui qui appartenait au cercle très fermé des génies du piano formés à l’école Miles Davis avec Bill Evans, Keith Jarret ou Herbie Hancock continuera de briller au firmament au moins pour le temps qu’il reste à vivre à l’humanité ..