Il est le seul journaliste occidental à avoir effectué un reportage sur Daech de l'intérieur. Jürgen Todenhöfer, 74 ans, a filmé son incroyable voyage de 10 jours qui l'a amené à Mossoul en Irak, et à Raqqa, en Syrie, capitale de Daesh.

Cet auteur Allemand reconnu est rentré, le 16 décembre dernier, impressionné par ce qu'il avait vu et vécu. Dans un entretien accordé à la CNN (vidéo), il livre son témoignage.

D’emblée, cet essayiste qui a pourtant rencontré par le passé d’innombrables djihadistes explique qu’il a jamais vu autant de dévotion aveugle: «J’ai interviewé des chefs d’Etat comme Hamid Karzai et Bachar el-Assad, rencontré des combattants islamistes, des moudjahidine afghans, les talibans, des résistants irakiens. Al-Qaïda n’est rien par rapport à l’Etat Islamique. L'Occident sous-estime largement l'ampleur du danger que représente l'EI».

A l’origine de cette force, «leur succès, leur idéologie simpliste, leur enthousiasme et leur fanatisme religieux inexplicable. Les jdihadistes de Daech sont heureux, et cela se ressent. Ils ont les yeux qui brillent, c’est incroyable», raconte-t-il, l’air abasourdi.

Et d’ajouter: «Durant ma première journée à Mossoul, j’ai rencontré des gens de France, de Belgique, de Suède, d’Angleterre. J’ai demandé à un Suédois ce qu’il faisait à Mossoul. Il m’a répondu qu’il était en train de vivre les meilleurs moments de son existence. Je n’arrive pas à comprendre. C’est incroyable. Ce sont des moments très forts qui ont eu sur moi l’effet d’un tsunami», explique l’auteur, manifestement marqué par l’enthousiasme et la détermination sans faille des djihadistes de Daech.  

L’un des moments forts de son voyage a été sa rencontre avec un djihadiste allemand, avec qui il entretenait des contacts suivis et approfondis sur Skype depuis de nombreux mois. «Nous allons conquérir l'Europe un jour. La question n'est pas de savoir si nous allons le faire, mais quand. Pour nous, c'est l'évidence (…) notre expansion sera perpétuelle et les Européens doivent savoir que quand nous viendrons, ce ne sera pas joli. Ce sera avec nos armes. Et ceux qui ne se convertissent pas à l'Islam ou qui ne payent pas l’impôt de capitation seront tués», lui a expliqué son interlocuteur, entouré de deux combattants armés jusqu’aux dents. 

L’essayiste l’interroge ensuite sur le sort qui sera réservé aux 150 millions de Chiites qui vivent sur terre, s’ils refusaient de se convertir. «150 millions, 200 millions ou 500 millions, cela ne nous importe peu. Nous les tuerons tous», répond le djihadiste, qui justifie ensuite l'esclavagisme des captives yézidies.  

Ce qui est frappant, explique l’auteur allemand, c’est que ce djihadiste comme tant d’autres, est persuadé du bien-fondé de ce qu’il fait, et croit profondément qu’il est sur la bonne voie, sa volonté de mourir sur le champ de bataille est inimaginable. Et c’est cette dévotion aveugle qui fait la force des djihadistes de l’Etat islamique: «400 combattants ont pu faire fuir 25.000 soldats irakiens et prendre Mossoul», se félicite un autre combattant qui a rencontré l’auteur Allemand.

Le reporter rapporte ensuite cette vérité étonnante: les populations sunnites qui vivent dans les territoires contrôlés par Daech acceptent d’être gouvernés par cette organisation terroriste, explique-t-il, avant d’évoquer le puissant appareil de propagande de Daech. «Les images d’égorgement font partie de la stratégie de Daech. Ils déploient la terreur pour s’imposer», dit-il, au moment où les images terrifiantes montrant un pilote jordanien brûlé vif par Daech ont choqué le monde.

«Ils sont tellement sûrs qu'ils vont s'emparer de cette terre, qu'ils vont prendre tout le Moyen-Orient, cette confiance est si forte qu'ils ont déjà pris un territoire qui est plus grand que le Royaume-Uni», conclut Jürgen Todenhöfer.