Regardez bien ces deux cartes.
La première a été dessinée par des sympathisants anonymes de Daech et traduit une partie de leurs fantasmes: conquérir, comme ils le disent, l’Andalousie, Rome et Constantinople, mais aussi une grande partie de l’Afrique ainsi que tout le Proche Orient.

La seconde est un instantané de la situation actuelle. Les foyers de terreur sont en Syrie et en Irak, au Nigéria aussi (Boko Haram). Tous les pays de la rive sud de la Méditerranée sont sous la menace directe de Daech, sauf le Maroc.

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Le rôle majeur du Maroc apparaît clairement ici et d’ailleurs, les services de renseignement espagnols et français ne s’y sont pas trompés: le Maroc est d’une part (avec la Turquie en Orient) l’un des deux verrous de l’Europe. Et d’autre part, avec sa stabilité et son savoir-faire dans le domaine du contre-terrorisme, il est devenu un allié courtisé, indispensable.
Pendant les dix ou 20 prochaines années, voire davantage, le terrorisme s’installera comme une menace structurelle. Depuis deux décennies, on nous parle de mondialisation et d’échanges commerciaux, d’investissements et d’internationalisation. Désormais, on nous parlera aussi de sécurité globale. Sauf exception, aucun pays ne pourra assurer seul sa sécurité. Ce sera un changement majeur.
Cela étant dit, quels sont les pronostics à court et moyen terme? Daech est-il invincible? Pourra-t-on l’anéantir, ou même simplement le contenir? Sommes-nous à l'aube d'une guerre mondiale?
Regardez de nouveau la seconde carte, celle dessinée par Médias 24: les zones contrôlées par Daech, celles qu’il convoite ou qu’il utilise comme tremplin, sont des zones qui ont une double caractéristique:
–l’Etat a disparu: Syrie, une partie de l’Irak, Libye, Nord du Nigéria (comme le furent hier l’Afghanistan ou une partie de la Somalie).
-les populations acceptent la domination des jihadistes.
Cette double caractéristique:
-est conforme à la stratégie de Daech, théorisée dans un recueil de textes appelé “idarat attaouahhouch“ ou “gérer le chaos“, signé par Abu Bakr Naji, un auteur anonyme. Cettte stratégie vise à créer le chaos pour prendre le pouvoir. Tout cela est décrit froidement et cyniquement et correspond exactement à la stratégie de l’organisation terroriste, y compris sa cruauté.
-et surtout, montre qu’il est impossible de se contenter de frappes aériennes pour contenir Daech. La présence de troupes au sol, d’alliés au sol, est incontournable.
L’année 2015 sera certainement l’année des troupes au sol, des alliances avec les tribus sunnites et les populations locales contre Daech (selon le système qui a bien fonctionné avec les Kurdes à kobane).
Aujourd’hui, l’organisation est en perte de vitesse, elle a subi de nombreux revers et a perdu plusieurs milliers de combattants en quelques semaines, à Kobane, en Irak, dans plusieurs régions syriennes. Le besoin de combattants apparaît à travers :
-le lancement de grosses opérations de formation militaire à l’égard de jeunes adolescents ;
-l’instauration de la conscription dans les zones qu’elle contrôle ;
-la multiplication des appels aux jeunes musulmans du monde entier pour qu’ils rejoignent les rangs de l’Etat islamique, présentant cela comme une obligation divine.
Des sources crédibles comme l’Observatoire syrien des droits de l’Homme rapportent des désertions dans les rangs jihadistes ainsi que des pertes très lourdes en Syrie, dans les combats contre les Kurdes mais également l’Armée libre et l’armée de Bachar, sans oublier les frappes de la coalition.
En d’autres termes, Daech n’est pas aussi invincible qu’il a voulu le faire croire.
La prochaine étape sera certainement celle de l’alliance avec les tribus en Irak et en Syrie, le renforcement de l’alliance avec les Kurdes et enfin les troupes au sol. 2015 devrait être l’année de la défaite militaire de l’Etat dit islamique. Sauf événement imprévu.
Cette défaite en Syrie et en Irak ne signifie pas que le terrorisme disparaîtra. De Zarqaoui à Baghdadi, les terroristes locaux ont semé une haine inextinguible entre factions, communautés, ethnies et confessions. Le terrorisme restera car la haine sera intacte. Toute la région continuera à vivre dans l’instabilité et la terreur. Ce qui disparaîtra, c'est l'Etat dit islamique avec sa continuité territoriale. Des cités plus ou moins reliées entre elles et plus ou moins contrôéles par des jihadistes pourraient persister, encerclées par des forces militaires coalisées.
La situation en Afrique, à partir du foyer nigérian de Boko Haram, et en Libye, sera plus difficile à contenir dans le court terme. L’étendue du Sahel, l’absence de coordination entre les pays concernés, la faiblesse de la réaction à l’implantation de Daech en Libye, tout cela devrait créer de nombreux défis en 2015.
Tout ce qui précède est probable, mais pas certain. En effet, le scénario ci-dessus est seulement le plus probable, toutes choses étant égales par ailleurs.
Car Daech, s’il en avait les moyens, n’hésiterait pas à bouleverser complètement la donne, en lançant des attaques massives: cyberattaques (déjà annoncées dans la galaxie jihadiste), bactériologiques, chimiques ou nucléaires, voire des attaques pour bouleverser l’équilibre stratégique régional, contre les Lieux saints, l’Iran et ou Israël.