Les Emirats avaient suspendu leur participation aux frappes aériennes dès le 24 décembre, date de la capture du pilote jordanien Muaz Kassesbeh. Le Maroc a probablement pris la même décision même si dans le cas marocain, il n’y a pas eu d’annonce. La participation maocaine reste discrète et modeste, environ 1% des frappes (20 frappes sur 2.220).
Jeudi après midi, en commission des Affaires étrangères, le ministre Salaheddine Mezouar a laissé entendre que les avions se trouvent sous commandement émirati.
Les Emirats réclamaient un redéploiement au nord de l’Irak des moyens de recherche et de sauvetage américains, destinés à récupérer les pilotes éventuellement abattus. Ils ont en effet considéré que les moyens américains étaient déployés au Koweit, donc trop loin des théâtres d’opérations.
La mission au cours de laquelle l’avion jordanien a été abattu le 24 décembre à proximité de Raqqa en Syrie, était commandée par une pilote émiratie, Meryem Mansouri et comprenait deux F-16 marocains.
Vendredi, des sources officielles américaines citées par la presse américaine, annonçaient que des avions de recherche et sauvetage ont été déployés dans le nord de l’Irak, dans la région d’Irbil, au cœur du kurdistan irakien.
La presse américaine annonce, en citant des sources anonymes au Golfe, que les Emirats vont reprendre leurs fappes. Aucune mention n’est faite de la décision marocaine.
Les pays arabes qui participent aux frappes soit par engagement direct, soit par des moyens logistiques et financiers, sont les six pays du Golfe ainsi que la Jordanie et le Maroc.
Les responsables américains ont cité des hélicoptères Black Hawk parmi les nouveaux moyens déployés à Irbil, mais n’ont pas précisé si des V-22 Osprey, demandés par les Emirats, l’ont également été. Les V-22 Osprey sont des avions hybrides, décollant et se posant comme des hélicoptères et volant comme des avions.
Pilotes de combat: Voler malgré la peur
Les terrifiantes images du pilote jordanien brûlé vif par le groupe Etat islamique hantent désormais les aviateurs qui survolent les terres contrôlées par le mouvement jihadiste, mais rien ne les empêchera d'accomplir leurs missions, assurent d'anciens officiers cités par l'AFP.
Le sort horrible réservé à Maaz al-Kassasbeh illustre l'importance de la procédure de récupération des pilotes abattus, qui dans ce cas n'a pas eu le temps d'être enclenchée à temps pour éviter sa capture dans la région de Raqa, "capitale" du groupe extrémiste qui a conquis des régions entières en Irak et en Syrie.
"Des images comme ça, pour sûr ça frappe les esprits" confie à l'AFP l'ancien chef d'un service français de renseignement, qui demande à ne pas être identifié. "Les pilotes sont des hommes comme les autres, pas des robots. Ils savent qu'ils prennent des risques en survolant des zones hostiles. Mais il est certain qu'après ça ils vont réfléchir à deux fois."
"Ça fait longtemps que la guerre n'est plus une affaire de gentlemen. Autrefois les pilotes abattus étaient capturés et placés en détention. Tout ça c'est fini. Maintenant, c'est la barbarie, surtout dans les guerres asymétriques. Les pilotes savent que s'ils se font chopper, ça va être très dur pour eux. Et là on a passé un cap supplémentaire dans la sauvagerie. C'est du jamais vu", ajoute-t-il. "S'ils tombent au cœur même des combats, on ne donne pas cher de leur vie".
Le général Gilles Desclaux a commandé jusqu'en 2011 la défense aérienne et les opérations aériennes (CDAOA) de l'armée de l'air française. Les pilotes "y ont pensé forcément, au moment où c'est arrivé", dit-il. "Puis ils pensent à leur mission. Ils y repenseront sans doute si à un moment ils ont à prendre une décision d'éjection, s'ils ont une panne ou sont abattus au dessus d'une zone de combat, ça leur reviendra à l'esprit. Mais psychologiquement ils sont prêts. Ils en on parlé entre eux, ils en ont parlé avec l'encadrement. Chacun ensuite prend sa décision".
"C'est comme quand j'étais jeune pilote", ajoute-t-il, en évoquant les "missions nucléaires" où les pilotes ignoraient s'ils recevraient ou non l'ordre de lâcher la bombe . "On allait porter des bombes nucléaires sans aucun espoir de retour en Union Soviétique…"
Depuis la guerre du Vietnam, et le sort réservé à ses pilotes tombés aux mains de l'ennemi, l'armée américaine a mis au point des procédures de sauvetage, dont se sont inspirées toutes les armées modernes.
Cela commence avec la balise qui s'enclenche automatiquement lors de l'éjection, captée par des avions qui survolent la zone en permanence. Les patrouilles de combat comptent toujours au moins deux appareils : si l'un tombe, son équipier tourne en cercle autour du point d'éjection.
"Il fait tout ce qu'il peut pour le protéger", précise le général Desclaux. "En clair, il tire sur tout ce qui approche, tente d'isoler le +survivor+ de tout élément hostile".
Dès que le pilote est localisé, une course contre la montre commence: des commandos de l'air spécialisés embarquent dans des hélicoptères, eux-mêmes protégés par des chasseurs-bombardiers, et partent récupérer le pilote. Dans le meilleur des cas, il faut compter plusieurs heures.
"Les aviateurs sont entraînés à se cacher le mieux possible, s'ils sont valides. L'idée est de s'enterrer dans la journée et s'ils doivent se déplacer, ils le font la nuit" ajoute l'ancien chef d'un service de renseignement. "Avant même de monter une opération aérienne, la première chose à laquelle on pense, c'est le Resco (Recherche et sauvetage au combat). Et là, faire une opération Resco dans les zones contrôlées par Daesh, c'est dur-dur. Un pays qui fait partie d'une coalition peut refuser de mettre ses pilotes en danger tant qu'il n'y a pas une Resco crédible".
C'est ce qu'ont fait, au lendemain de la capture du pilote jordanien, les Émirats arabes unis, a révélé le New York Times. Reprochant à Washington d'avoir positionné au Koweït, c'est-à-dire trop loin, ses équipes de Combat Search and Rescue (CSAR), les Emirats ont suspendu leur participation aux frappes aériennes contre le groupe Etat islamique, exigeant que les V-22 Osprey, ces appareils mi-avions, mi-hélicoptères de l'US Air Force et les commandos de l'air soient positionnés dans le nord de l'Irak, pour gagner du temps en cas de besoin.