Tendances lourdes, games changers et futurs potentiels pour une région qui aura vécu trois bouleversements depuis 2011: les contestations des Printemps arabes, le retour de l’autoritarisme couplé à l’affaiblissement des Etats, ainsi que la montée de la menace terroriste islamiste.
Le rapport numéro 22 de l’Institut des études de sécurité de l’Union européenne (EUISS) rendu public cette semaine prend tous ces éléments en compte lorsqu’il dresse en 55 pages les trois scénarios possibles pour la région MENA (Moyen-Orient et Afrique du Nord) en 2025. Le plausible, le probable et le préférable.
De manière objective, aucun des trois scénarios n’est foncièrement optimiste. Même si entre 2011 et 2015, l’agenda du monde arabe est passé de celui de la réforme à celui de la sécurité.
Le rapport rappelle les tendances lourdes de la prochaine décennie, c’est-à-dire les évolutions certaines, le rapport déroule les game changers ou les éléments/évolutions qui peuvent changer le cours des choses car pouvant être influencés par les politiques.
Les tendances lourdes
La croissance de la population qui passera de 360 à 465 millions d’habitants et vivra à 56% dans les villes ou encore le changement climatique qui va affecter terres agricoles et zones côtières constituent des évolutions incontournables. Il en va de même pour la demande internationale en énergies fossiles. La région abrite 45% des réserves mondiales de pétrole et 25% de celles de gaz Chacune de ces tendances a ses propres implications.
Ainsi croissance démographique et urbanisation créent des besoins et nécessitent des budgets sociaux importants. La demande de pétrole et de gaz n’incite pas les régimes en place à réformer.
Autres tendances lourdes: l’alphabétisation continuera de s’améliorer –mais le Maroc est bon dernier, derrière le Yémen-, ainsi que la pénétration d’Internet et la parité.
Les games changers
L’emploi des jeunes, la dépendance alimentaire, la vulnérabilité à l’instabilité régionale et les réformes démocratiques constituent des éléments qui peuvent modifier le cours des choses selon la manière avec laquelle ils seront gérés.
Sur le premier point, les experts de l’EUISS soulignent qu’une politique qui répond au taux de 30% de chômage des jeunes résoudrait des problèmes sociaux, politiques et de sécurité.
De la même manière, une meilleure indépendance alimentaire rendrait les budgets moins dépendants des ventes de pétrole ou de gaz.
Le grand point d’interrogation dans cette affaire est de savoir jusqu’à quel point par exemple, la Jordanie ou le Liban pourront se protéger de la dégradation de la situation en Syrie et en Irak. Ou la Tunisie et l’Algérie de la dégradation de la situation en Libye.
Marmite, implosion ou saut?
Prenant en compte les tendances lourdes de la décennie et les choix politiques susceptibles de modifier le cours politique, le rapport de l’EUISS esquisse trois scénarios. Le premier, intitulé «la marmite arabe» décrit une faible politique de réformes qui ne réussit pas à renverser le cours des choses. C’est le scénario plausible.
Le second scénario est celui de «l’implosion arabe» dans lequel le chômage des jeunes et l’insécurité s’accroissent. C’est le scénario probable.
Le scénario préférable, celui du «saut arabe», tient compte des tendances lourdes et de la capacité politique à les orienter positivement. Les dirigeants arabes, ou du moins, une majorité d’entre eux agissent et orientent le développement de la région de manière inclusive.
Ces trois scénarios sont illustrés de cartographies qui les résument. Dans le premier cas («The Arab Simmer») le chômage des jeunes, le terrorisme, l’instabilité en Irak, en Syrie et en Libye continuent de prévaloir.
Dans le deuxième cas («The Arab Implosion»), le chômage des jeunes ne recule pas et terrorisme et lutte anti-terroriste vont de pair avec des reculs politiques en Tunisie. L’Arabie saoudite et l’Egypte cherchent à se doter de l’arme nucléaire. Les espaces syrien, irakien et libyen sont incontrôlables.
Dans le scénario préférable, celui du «saut arabe», («The Arab Leap») le chômage des jeunes baisse et il tarit le recrutement de terroristes. La guerre civile syrienne se termine et la Tunisie consolide sa transition démocratique.
Dans ces futurs arabes, le Maroc tire son épingle du jeu. Ayant de médiocres résultats à exhiber en matière d’alphabétisation de chômage des jeunes, ce qui impacte la donne sécuritaire notamment, le pays est signalé pour son choix de l’islamisme électoral par opposition à l’islamisme autoritaire (Arabie saoudite) ou l’islamisme révolutionnaire.
Globalement, le pays, outre le dossier du Sahara, est relativement éloigné des zones de turbulences en Libye et au Levant.
Dans le scénario plausible, celui de la «marmite», l’étude de l’EUISS montre que le dossier du Sahara continuera de prospérer. Cette situation engendre un coût de conflit qui équivaut aux coûts militaires et financiers directs plus les opportunités économiques ratées en raison de l’existence même du conflit.
Dans la situation d’implosion arabe, les coûts sécuritaires augmentent ainsi que le chômage des jeunes, réduisant investissements étrangers et tourisme. La région Mena est déjà la région du monde qui attire le moins d’investissements directs étrangers (IDE), le Maroc pour sa part restant attractif.
Quant à l’option «saut arabe», le Maroc a tout à y gagner. Baisse du chômage des jeunes et baisse des coûts sécuritaires couplés à une réduction des tensions régionales assureront un meilleur développement économique et un cadre sécurisé pour mener des réformes.