Pour Arif Nayed, le doute n’est plus permis: il est grand temps de tirer la sonnette d’alarme en Libye. Cet ambassadeur libyen aux Emirats Arabes Unis, et ancien coordinateur principal de l’équipe pour la stabilisation de la Libye, s’est récemment rendu à Washington pour évoquer la présence grandissante de Da’ech sur le territoire de son pays. Il assure, dans un document relayé par le portail du Washington Institute, que cette organisation terroriste se développe non seulement à une vitesse alarmante en Libye, mais que celle-ci prépare activement sa stratégie d’expansion, pouvant ainsi aisément menacer l’Europe voisine.
Si de nombreux membres des services secrets américains tendent à tempérer les propos d’Arif Nayed, d’autres en revanche partagent son inquiétude et soulèvent la question capitale de savoir si une Libye fragilisée et divisée sera en mesure de repousser ce monstre protéiforme.
Arif Nayed a largement contribué à la dénonciation des groupuscules islamistes qu’ils ont identifiés comme des associations terroristes dès la première heure. Le diplomate souligne ainsi que Da’ech a considérablement accru et renforcé sa présence physique sur le territoire tout en gagnant du terrain sur le champ médiatique et propagandiste dans les zones contrôlées. Si le recrutement agressif fait partie intégrante du fonctionnement de l’organisation, il ne constitue que la partie émergée de l’iceberg.
En effet, selon la même source, Da’ech a marqué Benghazi, Syrte, Tripoli et les zones sud de la Libye de son empreinte. Des conflits d’une violence rare, des exécutions sauvages et des attentats ciblant des symboles étrangers ont émaillé l’actualité de ces régions.
Néanmoins, hormis ces coups d’éclats marquants, ce qui retient l’attention des analystes sont les activités «sociales» menées par les membres de l’organisation. Les membres de l’organisation terroriste y dispensent des conseils médicaux, fournissent des aides aux nécessiteux, distribuent des bonbons et des cadeaux aux enfants de Benghazi.
Ils procèdent également à la destruction systématique de cartouches de cigarettes, de chicha et incitent vivement les marchands de la ville à fermer leurs commerces pour se rendre à la mosquée aux heures de prières… Ils démolissent également tout ce qui à leurs yeux s’apparentent à une représentation polythéiste.
Selon la même publication, il semblerait qu’il existe un certain consensus autour de l’organisation Da’ech dans la région.
Ce fonctionnement reflète la dynamique employée par les jihadistes de Syrie et d’Irak, représentés majoritairement par une filiale d’Al-Qaïda, connue sous le nom de Jabhat El Nosra. Cette branche a néanmoins perdu du terrain au profit de Da’ech dans cette région, rappelle le Washington Institute. Par ailleurs, le rapport souligne que bien que les positions de l’ASL et de Jabhat El Nosra soit peu claires vis-à-vis de Da’ech, des observateurs soutiennent qu’un nombre croissant de partisans «jihadistes» plaident pour Isis et appelle à rejoindre le califat.
D’autres activistes pro-Da’ech mettent également en avant le potentiel géopolitique de la Libye – qui donne accès à l’Egypte, à l’Algérie, au Soudan, au Tchad, Niger et Tunisie – afin d’encourager à renflouer les rangs de l’organisation. Al Barqawi reprend cette sémantique à son compte et annonce que Da’ech poursuit l’ambition de supprimer les frontières entre la Tunisie, la Libye et l’Egypte, qui deviendront des provinces de l’Etat islamique. Il fait également valoir le fait qu’une expansion d’Isis en Libye, permettrait de réduire la pression sur les groupuscules jihadistes dans le pourtour méditerranéen.
Les experts de l’institut américain indiquent par ailleurs que le plus grand obstacle à la lutte contre Da’ech en Libye est incarné par la difficulté de trouver des ressources nécessaires ainsi que la volonté d’organiser une stratégie et réunir des coalisés. Un défi singulier compte tenu de l’intervention occidentale contre l’organisation terroriste en Irak et Syrie.
A l’avenir toutes les décisions politiques concernant l’action en Libye devront prendre en considération la friabilité du contexte. Les coalitions ont en effet tendance à s’attaquer aux manifestations violentes de Da’ech. Néanmoins les activités sociales et populaires du groupuscule seraient bien plus insidieuses car elles dessinent incontestablement les contours d’une installation de longue durée et assoient la stratégie à long terme de Da’ech en Libye, et en ligne de mire en Afrique du Nord.