Le think thank américain Potomac Institute et l’Inter-University Center on Terrorism Studies (IUCTS) ont publié le 17 février dernier leur 6e rapport annuel consacré au «Terrorisme en Afrique du Nord et au Sahel en 2014».
Si le Maroc demeure «un havre de paix et de stabilité régionale», il n’en demeure pas moins que la poussée en 2014 des groupes Daech et d’Al Qaïda a fait augmenter le nombre d’attentats terroristes en Afrique du Nord et au Sahel de 25% par rapport à 2013.
Le rapport cite le conflit opposant le Maroc au Polisario qui serait pour ses auteurs un terrain propice aux séparatistes pour rejoindre le camp des extrémismes qui menacent l’équilibre régional africain. Une façon indirecte de désavouer la cause du Polisario que les auteurs soupçonnent de détourner l’aide humanitaire internationale destinés à ses camps de réfugiés en Algérie.
Un phénomène plus qu’inquiétant aux répercussions internationales.
Sans réaction: une contamination au reste du monde
L'évaluation de la menace terroriste au cours de l’année écoulée conduit les observateurs à être plutôt pessimiste sur l'avenir car les problèmes de sécurité liés au virus Ebola et au terrorisme sont susceptibles de s’élargir au-delà du continent africain.
Sans réaction, les analystes prévoient que les prochaines décennies seront caractérisées par des conflits régionaux qui auront de profondes incidences sur le reste de la planète.
Ce rapport recommande de mettre en œuvre des solutions pérennes qui devront passer par une coordination internationale et locale pour réduire les forces d'instabilité et de chaos.
Leur concrétisation est urgente car le Sahel et les pays limitrophes continuent d'avoir de grands espaces où les terroristes se déplacent librement pour se livrer à toutes sortes de trafics illicites.
Les menaces émanant du Maghreb et du Sahel sont aggravés par les troubles en Egypte et au Nigéria ainsi que par la contagion terroriste due aux jihadistes (Al Qaïda, Daech) de retour de Syrie et d'Irak.
Pour l’Amérique, les enjeux sécuritaires sont trop élevés pour se désengager de ces régions car depuis les attaques du 11 septembre 2001, la région a connu une augmentation de 800% d’attaques terroristes. Pour la seule année 2014, il y a eu 289 nouveaux attentats alimentés par l’instabilité des Etats africains.

Comment faire face à la montée du terrorisme
S’il n’existe pas de solution magique pour lutter contre le terrorisme et l'insécurité, le rapport propose cependant 4 recommandations tactiques et stratégiques pour améliorer la stabilité africaine:
– Elargir les efforts internationaux pour aider les pays ouest-africains touchés par le virus Ebola qui doit être traitée comme une crise sanitaire et sécuritaire.
– Prendre des mesures proactives avec tous les partenaires régionaux et mondiaux pour prévenir la montée de la radicalisation islamiste
– Renforcer les capacités sécuritaires des dirigeants régionaux (formation et armements)
– Investir dans le développement humain et économique pour renforcer la sécurité régionale.
Ces quatre recommandations seront concrétisées grâce à la mise en œuvre des mesures suivantes:
1) Renforcer les capacités de l'OTAN grâce à un soutien à l'AFRICOM (formation, équipement et renseignements).
2) Elargir l'assistance technique des États-Unis aux forces de l’ordre des régions contaminées.
3) Fournir une assistance pour développer les mécanismes de résolution des conflits.
4) Régler d’urgence les conflits intra-régionaux qui fournissent des ouvertures pour les extrémistes comme dans le cas du conflit entre le Maroc et le Polisario. S’assurer que l'aide humanitaire aux réfugiés des camps de Tindouf en Algérie n’est pas détournée à des fins militaires.
6.) Encourager les dirigeants qui pratiquent un islam modéré tout en mettant en œuvre des programmes de déradicalisation en direction des sympathisants du soi-disant "Etat islamique".
7) Développer des programmes d'infrastructures avec l’aide d’investisseurs privés américains dans le cadre de partenariats public-privé.
8) Soutenir des projets dans les domaines de la santé, de l'eau, de l'assainissement, de l'énergie, et de l'éducation. Initier et promouvoir des solutions autochtones chaque fois que cela est possible.
9. Promouvoir le commerce et élargir les accords de libre-échange comme celui liant les Etats-Unis et le Maroc pour inclure les biens et produits venants d’Afrique du Nord, de l'Ouest et centrale.
10. Développer des programmes d'aide étrangère pour aider les jeunes leaders dans les secteurs public- privé par le biais de l'Agence américaine pour le développement international (USAID), le Millennium Challenge Corporation (MCC), et l'Initiative de Partenariat avec le Moyen Orient (MEPI)
L'engagement des Etats-Unis sera efficace que s’il est associé avec le reste des pays alliés d’Europe et d’ailleurs pour réduire les menaces qui s’étendent à travers l'Afrique et désormais bien au-delà.