Le petit film de cinq minutes montre des activistes de Da’ech en train de faire tomber des statues de leur piédestal et de détruire à coups de masse. Dans une autre scène, ils ont également recours à un perforateur pour défigurer un imposant taureau ailé assyrien en granit, sur le site archéologique de la porte de Nergal à Mossoul, ville contrôlée par les jihadistes depuis l'été. Ce taureau a un jumeau, exposé au British museum de Londres.

 "Fidèles musulmans, ces artéfacts derrière moi sont des idoles pour les peuples d'autrefois qui les adoraient au lieu d'adorer Dieu", déclare un jihadiste en s'adressant à la caméra. "Le soi-disant Assyriens, Akkadiens et d'autres peuples avaient des dieux pour la pluie, pour les cultures, pour la guerre", poursuit-il, avant de rappeler que "le prophète (Mohammed NDLR) a ôté et enterré les idoles à la Mecque".

Selon des experts, les pièces dont on voit la destruction sur la vidéo comprennent des originaux, des reconstitutions autour de fragments et des copies. Beaucoup proviennent des ères assyriennes et parthiennes, datant de plusieurs siècles avant l'ère chrétienne.

Les Assyriens d'Irak sont désormais une minorité ayant embrassé la foi chrétienne et se considérant comme les habitants autochtones de la région. Plusieurs villages assyriens ont été conquis par Da’ech en Syrie voisine ces derniers jours, et au moins 220 Assyriens capturés lors de cette offensive. Les jihadistes contrôlent Mossoul, la deuxième ville d'Irak, depuis une offensive lancée début juin au cours de laquelle ils ont conquis de larges pans du territoire irakien.

Ils ont systématiquement pris pour cibles les minorités dans la ville et ses alentours, et détruit le patrimoine archéologique, déclenchant une vague d’indignation internationale.

« Destruction d’objets inestimables »

"Cette attaque est bien plus qu'une tragédie culturelle, c'est également une question de sécurité parce qu'elle alimente le sectarisme, l'extrémisme violent et le conflit en Irak", a dénoncé la responsable de l'UNESCO Irina Bokova dans un communiqué après la diffusion d'une vidéo mise en ligne par Da’ech. "C'est pourquoi j'ai immédiatement contacté le président du Conseil de sécurité pour lui demander de convoquer une réunion d'urgence du conseil sur la protection du patrimoine irakien en tant qu'élément faisant partie intégrante de la sécurité du pays", a-t-elle précisé.

Le groupe Da’ech a mis en ligne jeudi une vidéo montrant des militants en train de faire tomber des statues de leur socle et de les détruire à coups de masse. Ils ont vandalisé les collections du musée de Mossoul, qui renferment des objets inestimables des périodes assyrienne et hellénistique, datant de plusieurs siècles avant l'ère chrétienne.

Des experts ont confirmé et déploré ces destructions, qu'ils ont comparées à la démolition des Bouddhas de Bamiyan par les talibans en Afghanistan en 2001. Selon Mme Bokova certaines des statues détruites dans la vidéo venaient de l'ancienne cité de Hatra classée au patrimoine culturel mondial de l'UNESCO, à une centaine de kilomètres au sud-ouest de Mossoul, deuxième ville d'Irak.

Elle a également indiqué que ces destructions étaient une violation de la résolution 2199 adoptée par le Conseil de Sécurité de l'Onu début février pour tenter d'empêcher le trafic des antiquités volées en Irak et en Syrie, et qui sont considérées comme une source-clé de financement pour le groupe Da’ech.

(Avec AFP)