Da’ech a commencé jeudi 5 mars à détruire au bulldozer la ville de Nimroud, joyau archéologique du nord de l'Irak, une semaine après la diffusion par les jihadistes d'une vidéo de la destruction de sculptures préislamiques inestimables à Mossoul.
L'ONU a annoncé dans le même temps que quelque 28.000 personnes avaient fui en quelques jours la région de Tikrit, plus au sud, où les forces gouvernementales ont lancé une offensive d'envergure pour en chasser Da’ech.
Da’ech a "pris d'assaut la cité historique de Nimroud et a commencé à la détruire avec des bulldozers", a dit le ministère du Tourisme et des Antiquités sur sa page officielle Facebook.
Un responsable des Antiquités a confirmé ces informations. "Jusqu'à présent, nous ne pouvons pas mesurer l'ampleur des dégâts", a dit ce responsable sous couvert d'anonymat.
Nimroud, une cité fondée au 13e siècle avant JC, est située sur les rives du Tigre à quelque 30 km de Mossoul, la grande ville du nord de l'Irak, contrôlée par Da’ech depuis juin.
Jeudi dernier, Da’ech avait diffusé une vidéo sur laquelle des jihadistes réduisaient en miettes des sculptures préislamiques du musée de Mossoul. Pour l'organisation jihadiste, statues, tombeaux et représentations "favorisent l'idolâtrie" et méritent donc d'être détruits.
Un désastre pour l’humanité
Après leur saccage à Mossoul, les jihadistes auraient lancé aux gardiens du musée, que Nimroud était leur prochaine cible.
Mais l'Unesco a d'ores et déjà dénoncé "un crime de guerre" et appelé "l'ensemble de la communauté internationale" à "unir ses efforts" pour "stopper cette catastrophe", selon un communiqué de Mme Bokova. Elle a saisi le Conseil de sécurité de l'ONU et le CPI.
Selon elle, "le nettoyage culturel qui sévit en Irak n’épargne rien ni personne: il vise les vies humaines, les minorités et s’accompagne de la destruction systématique du patrimoine millénaire de l’humanité".
Depuis plusieurs semaines, les jihadistes qui contrôlent de vastes territoires en Irak et en Syrie voisine, sur lesquels ils ont déclaré un "califat" et multiplié les pires exactions, détruisent méthodiquement le patrimoine irakien.
Da’ech justifie ces destructions en arguant que les statues favorisent l'idolâtrie. Mais selon plusieurs experts, les "idoles" si vivement dénoncées dérangent moins les jihadistes lorsqu'il s'agit de les vendre au marché noir.
Ce sont les statues trop imposantes pour être transportées aisément qui sont détruites, estiment-ils.
"Je suis véritablement bouleversé. Mais on s'y attendait, maintenant, on attend la vidéo. C'est triste", explique Abdelamir Hamdani, un archéologue irakien de l'université Stony Brook de New York.
La semaine passée, les jihadistes avaient mis en ligne une vidéo du saccage du musée de Mossoul, deuxième ville d'Irak qu'ils ont pris aux premiers jours de leur offensive irakienne, début juin 2014.
Le site de Hatra dans le viseur des jihadistes
"Leur projet, c'est de détruire le patrimoine irakien, site par site (…) et Hatra, bien-sûr, est la prochaine sur la liste", poursuit M. Hamdani, en référence à un site – classé par l'Unesco – célèbre pour ses temples mêlant influences romaines, grecques et orientales.
A Nimroud, les gardes ont été empêchés de se rendre sur le site de cette ville phare de l'empire assyrien, où ont été exhumés en 1988 plus de 600 bijoux, décorations et pierres précieuses, l'une des plus importantes découvertes archéologiques du XXe siècle.
Une partie de ses précieux bas-reliefs et de ses colossales statues de taureaux ailés est exposée dans les plus prestigieux musées du monde.
La communauté internationale a fermement critiqué les destructions, mais semble cantonnée au rôle d'observateur, car impuissante à agir sur les territoires dominés par Da’ech, se désole Stuart Gibson, expert à l'Unesco.
"Nous avons dans le passé pressé les populations locales de reconnaître l'inestimable valeur de leur patrimoine, et la nécessité de le protéger", ajoute M. Gibson. "Mais malheureusement, à l'heure actuelle, les populations sont épuisées et terrifiées. Le reste d'entre nous n'a d'autre choix que de rester là et de regarder, désespéré".