« A la marge », c'est la première exposition photographie signée Nabil Ayouch. Certains de ses clichés ont été dévoilés au musée du Louvre à Paris, lors de la carte blanche octroyée au cinéaste marocain en novembre dernier. Ils seront exposés pour la première fois au Maroc à la Galerie 38 du 19 mars au 19 avril 2015.

Le réalisateur d'« Ali Zaoua », « Whatever Lola Wants », « Mektoub », ou plus récemment « Les Chevaux de Dieu » a décidé de troquer pour un temps sa caméra contre un appareil photo et de prolonger son travail différemment sur les thèmes qui le hantent depuis des années. A travers son regard d'artiste engagé, Nabil Ayouch reflète d'une manière singulière et profonde une réalité capturée sur le vif de marginaux qui peuplent les rues casablancaises. Cette plongée troublante dans l'autre visage de la ville blanche s’est faite pendant le Ramadan 2013, plus précisément à deux moments très particuliers avant et après le ftour. Nabil Ayouch a capté l’attente, telle qu’elle s’exprime, sous toutes ses formes, au plus profond de l'âme.

J.M.G LeClézio, Prix Nobel de littérature, a commenté les photos de Nabil Ayouch en disant : « Ce n’est pas du rêve qu’on demande. Ce n’est pas de la curiosité, ni de la pitié qu’on veut voir naitre. Simplement la vérité, comme une vengeance. L’espoir, si cela se peut. Ou bien la vie, la commune vie. »

Pour Tahar Benjelloun, Prix Goncourt, « Nabil Ayouch a choisi de capter des visages et des attitudes, des gestes et des rêves, des humeurs et de la fantaisie. Cette enfance des rues, il la connaît bien pour l’avoir magistralement filmée dans « Ali Zaoua ». Mais là il y a d’autres visages, d’autres corps blessés par la vie, par le cynisme des hommes, par un destin fourbu, mal entamé, mal bricolé. Des adultes laissés sur la route, sur le bord de la route, dans la marge d’un cahier sans écritures. Eux aussi ont quelque chose à nous dire ou plutôt à nous montrer : la douleur du vivre. »

Pour Farid Zahi,l'écrivain et chercheur marocain, « Dans chaque prise se loge un récit, muet certes, mais dont le bruissement grouillant de secrets nous assaille ».

« Tous ces visages, visages d’enfants, de jeunes et de vieux, Nabil Ayouch les a plongés dans une quasi-obscurité, parfois totale, obscurité que ne fend qu’un faisceau de lumière artificielle exacerbant ainsi la tragédie que comportent ces scènes de vie (l’univers nocturne, faut-il le rappeler, est le temps que Ayouch préfère installer dans ses films) », ajoute Hassan Bourkia, peintre et écrivain marocain.

Le questionnement sur l’Homme et la société marocaine font partie des préoccupations majeures de l’artiste. Pour l’écrivain et peintre Mahi Binebine, « ces photographies s'inscrivent dans la lignée de thèmes personnels du cinéaste avec une singulière assurance, où la noirceur est tendre et le désespoir souriant. Il est exceptionnel qu'un grand artiste comme Nabil Ayouch garde, dans l'inspiration de son art, le contact avec les troisièmes sous-sols de l'humaine condition et sache transmuer les bas-fonds à la fois en cimetière des ogres, en terrain de chasse au trésor, en scène de débauche et en royaume de la fraternité. »