Lundi 16 mars, cela fera exactement 1.000 jours que Julian Assange vit reclus à l'ambassade d'Equateur à Londres, surveillée nuit et jour par la police.
Lorsque le fondateur de Wikileaks a trouvé refuge le 19 juin 2012 dans l'immeuble en brique rouge situé à Knightsbridge, il pensait rester "entre six mois et deux ans".
Près de trois ans plus tard, il y est toujours, pour échapper à une extradition vers la Suède où il est accusé d'agressions sexuelles, qu'il nie. L'Australien de 43 ans redoute, en cas de comparution en Suède, d'être in fine envoyé et poursuivi aux Etats-Unis pour son rôle dans la publication par Wikileaks de 250.000 télégrammes diplomatiques américains et 500.000 rapports militaires classés secret défense.
La justice suédoise fait volte face
Le parquet suédois a proposé vendredi d'interroger à Londres le fondateur de Wikileaks, Julian Assange, dans l'espoir de faire progresser une enquête pour viol bloquée depuis que l'Australien s'est réfugié dans une ambassade.
"La procureure Marianne Ny a envoyé aujourd'hui (vendredi) une requête aux avocats de Julian Assange pour savoir s'il accepterait qu'on l'entende à Londres et qu'on prélève son ADN", a-t-il indiqué dans un communiqué.
Cette annonce est un revirement de la justice suédoise, car elle avait opposé jusque-là une fin de non-recevoir à M. Assange, qui plaidait pour cette solution.
L'AFP n'a pu joindre vendredi matin l'avocat suédois de M. Assange, Per Samuelsson.
Au journal Aftonbladet, il a affirmé être satisfait, sans dire explicitement si son client acceptait. "C'est quelque chose que nous réclamons depuis quatre ans. C'est la route à suivre pour qu'il soit innocenté", a-t-il déclaré.
"Il était heureux qu'il se passe enfin quelque chose et en même temps agacé que Marianne Ny n'agisse que maintenant", a-t-il rapporté après s'être entretenu avec M. Assange.
Dans cette affaire qui remonte à 2010, l'homme de 43 ans a toujours nié les accusations des deux Suédoises.
Les faits reprochés prescrits en août
Le parquet a dit avoir changé d'avis car "plusieurs des faits qui lui sont reprochés seront prescrits en août 2015, à savoir dans moins de six mois".
"Ma position a été que les conditions pour l'entendre à l'ambassade londonienne sont telles que la qualité de cette audition serait lacunaire et qu'il faut qu'il soit présent en Suède en vue d'un éventuel procès. Cette position tient toujours", a expliqué Mme Ny.
Mais "maintenant le temps commence à manquer et je dois par conséquent accepter une perte de qualité dans l'enquête", a-t-elle ajouté.
Si les avocats de la défense donnent leur assentiment, la Grande-Bretagne devra accepter qu'un acte d'enquête soit effectué sur son sol par des magistrats étrangers et l'Équateur de leur ouvrir sa porte.
Le pays sud-américain avait accordé l'asile à M. Assange en août 2012, et réclame en vain depuis de pouvoir l'appliquer. Mais à défaut de pouvoir emmener l'Australien vers Quito, il s'est toujours dit favorable à l'idée d'une audition à Londres.
M. Assange est accusé par deux Suédoises d'une trentaine d'années de les avoir violées alors que l'une puis l'autre l'hébergeait à l'occasion de conférences en Suède.
L'Australien affirme avoir de son côté que les relations avec les deux plaignantes étaient consenties.
C'est la première fois que le parquet évoque publiquement son intérêt pour l'ADN de M. Assange. Il n'a pas indiqué en quoi il pourrait lui être utile.
Mme Ny a reconnu ne pas être certaine de faire progresser son enquête avec une audition. "Il y a une incertitude quant à ce que cela pourrait nous amener", a-t-elle écrit.
Elizabeth Fritz, l'avocate d'une plaignante, s'est félicitée de cette décision. "Nous voulons que l'enquête avance" et pour cela il était "nécessaire de changer d'avis sur le lieu de l'audition", a-t-elle affirmé dans un communiqué.
Une vie monacale
Confiné dans l'appartement qui sert d'ambassade à l'Equateur, à un jet de pierre du magasin de luxe Harrods, il vit dans des conditions spartiates.
Son univers se résume à un petit bureau transformé en chambre équipé d'une cabine de douche et d'une kitchenette.
Un tapis de course et une lampe à bronzer, pour éviter le rachitisme, améliorent l'ordinaire, même si les photos récentes du "cyberwarrior" montrent un homme au visage très pâle.
Entre quelques visites de personnalités, telle Yoko Ono, il se réfugie dans le travail, profitant d'une bonne connexion internet, élément essentiel pour l'ancien hacker.
Cet endroit, Julian Assange ne le quitte jamais, Scotland Yard ayant prévenu qu'il serait arrêté sur le champ s'il posait ne serait-ce qu'un orteil sur la voie publique.
A cause de la présence d'Assange, l'ambassade est gardée nuit et jour par la police qui refuse de préciser combien de fonctionnaires sont affectés à cette mission.
Les 11.000 euros par jour de « frais de garde » suscite l’indignation
Scotland Yard a chiffré l'année dernière à près de 11.000 euros par jour le coût de sa surveillance, comprenant le salaire des policiers, heures supplémentaires incluses, ainsi que l'usage de véhicules, de bureaux et d'équipement informatique.
Wikileaks, qui a monté un site internet pour dénoncer ce "gaspillage gouvernemental" (govwaste.co.uk), dit que le coût global a franchi la barre des 10 M£, soit plus de 12 M d'euros. L'équivalent, dit le site, de plus de 8 millions de repas gratuits pour les pauvres, 40.000 nuits d'hôpital ou le salaire annuel de 476 instituteurs.
Ces chiffres soulèvent des critiques au Royaume-Uni. Le maire de Londres, Boris Johnson, a qualifié dès 2013 la situation d’ "absolument ridicule ".
L'Equateur se montre, lui, d'un soutien sans faille et a de nouveau garanti l'asile politique à Assange "aussi longtemps que nécessaire", en novembre après la confirmation par la justice suédoise du mandat d'arrêt européen à son encontre.
(Avec AFP)