Diantre, le chroniqueur de cette rubrique a osé passer du jazz quasi-mathématique à la musique électronique dans une tentative désespérée de réconcilier les tenants de l’instrumentation classique et ceux qui pensent que les ordinateurs sont des instruments à part entière !

Certains puristes pousseront sans doute des cris d’orfraie en avançant que ce registre n’a rien de majeur et que ce n’est que du bruit pour gamins boutonneux en mal de références musicales.

Peu importe car au regard du succès fulgurant de la Moroko Loko, il convient de revenir sur une aventure humaine qui n’avait pas prévu dans son agenda de devenir un vrai phénomène de société.

Une seule précaution d’usage et contre-indication médicale s’impose, si vous vous sentez d’une autre époque musicale et que vous n’aimez pas danser, ce concept n’est définitivement pas pour vous.

Déjantée, délurée, hypnotique, les qualificatifs ne manquent pas pour désigner des soirées devenues des must-go grâce à l’action inlassable de son créateur le DJ producteur Amine Akesbi alias Amine K.

Quand le moindre pousse-vinyle a tendance à se prendre pour une star, le seul nom d’Amine K suffit à attirer les foules tant son patronyme incarne les valeurs festives de la scène électronique nationale.

Diplômé d’une grande école de commerce, celui qui aurait pu être trader à la City a préféré tout laisser tomber et miser sur le partage musical réservé à ceux que l’on appelle les kiffeurs et les trippeurs d’électro.

Vingt cinq ans après la vague de techno qui avait révolutionné à la fois le monde de la musique et de la fête à la fin des années 1980, ce pari était loin d’être gagné d’avance.

En 2009, Amine K et ses complices Unès et Mar1 décident de s’inspirer de Berlin et de Londres pour faire pièce à l’ambiance aseptisée de clubs programmant une soupe commerciale n’ayant de musicale et d’électronique que le nom.

L’efficacité de ce trio tient au fait que ses acteurs réussissent à créer des atmosphères musicales peu communes qui s’apparentent à une transe quasi-soufie voire chamanique.

Quand il ne se relaye pas aux platines pour enflammer les dance floor, Amine K invite des guests prestigieux qui ne se déplacent jamais par hasard : Lee Burridge, Satoshi Tomiie, Nick Warren…

Les parties sonores de la Loko se succèdent à un rythme bimestriel dans des boîtes de nuit privatisées pour l’occasion comme la 5e avenue à Rabat, le Pacha de Marrakech ou le Twist à Casablanca

Afin de fêter dignement son 5e anniversaire, le collectif a organisé un 1e acte à Rabat le 6 mars dernier qui a connu une affluence record et un 2e acte est programmé vendredi 20 mars à Casablanca

En peu de temps, ces soirées ont contribué à ressusciter la vie nocturne des clubbers et contre toute attente son leader vit aisément de son activité au Maroc et à travers le monde entier.

En véritable globe-trotter qu’il est, Amine K a pris son bâton de pèlerin pour se transformer en ambassadeur nord africain de cette musique qu’il exporte sur les cinq continents.

Avec sa gueule mi-ange, mi-démon, on lui déroule le tapis rouge dans toutes les capitales de la musique électronique (Berlin, Montréal, Tokyo, Paris, Ibiza, Melbourne, Bangkok …).

La notoriété de son collectif est telle qu’en 2011, Amine et ses acolytes ont été choisis pour participer à la Technoparade parisienne. L’année suivante, la Moroko Loko a été consacrée invité d’honneur pour défiler dans le char de tête de cortège devant une foule  de plus de 300.000 personnes.

Cette reconnaissance internationale n’a pas échappé à Amine Sbihi, ministre de la Culture qui vient d’allouer à ce collectif une subvention conséquente pour financer ses actions sises à Marrakech.

Ce support permettra au « Moroccan Electronic Music Movement » de structurer la scène nationale pour la promouvoir à l’export et d’envoyer au reste du monde l’image d’un Maroc moderne et précurseur dans la région Mena.

Le MEMM va ouvrir une école de DJs, créer un studio (The Source) et un label de production musicale avec Riverside studio et monter des masterclasses chapeautées par des spécialistes de renom.

Pour les aficionados, nous avons choisi de présenter un set envoutant enregistré par Amine K dans la ville de Berlin qui reste à ce jour la Mecque incontestée des fondus de ce genre musical.  

Celui qui reprend cette année les rênes du festival « Transahara » de Merzouga saura à n’en point douter en faire un rassemblement international de la musique électronique.