Le Premier ministre tunisien Habib Essid a identifié les deux assaillants du musée du Bardo mercredi comme Yassine Abidi et Hatem Khachnaoui, deux noms à consonance tunisienne.
Selon le porte-parole du ministère de l'Intérieur, il s'agit "probablement" de Tunisiens. Le Premier ministre a aussi fait état de deux ou trois complices possibles.
Le président tunisien a promis de "combattre sans pitié" le terrorisme. "Je veux que le peuple tunisien comprenne que nous sommes en guerre contre le terrorisme (…). Je veux que le peuple tunisien se rassure (…) ces traîtres seront anéantis", a également lancé le président, Béji Caïd Essebsi, dans une allocution télévisée mercredi soir.
Plus tôt, il avait dit à l'AFP que les autorités faisaient tout pour éviter qu'un tel "désastre" ne se reproduise.
L'attaque, qui a duré environ quatre heures, n'a pas été encore revendiquée. Deux assaillants ont été abattus et une opération des forces de sécurité était en cours pour rechercher d'éventuels complices, selon les autorités.
Cet "attentat terroriste", selon le ministère tunisien de l'Intérieur, touche le pays pionnier du Printemps arabe qui, contrairement aux autres Etats ayant vécu des mouvements de contestation en 2011, a jusqu'ici échappé au chaos.
Le ministre de la santé a fait état d'un bilan de 23 morts: 21 touristes et deux Tunisiens – un policier et un chauffeur de bus. Quarante-quatre personnes, dont six Tunisiens, ont été blessées, certaines grièvement.
Le ministre de la Santé a listé "21 morts parmi les touristes (…): Italiens, Français, Colombiens, Japonais, Polonais, Australien, une Espagnole".
Jeudi, le Japon a contesté les chiffres des autorités tunisiennes concernant ses ressortissants, évoquant une "erreur". Tokyo confirme la mort de trois Japonais ainsi que trois blessés.
L'Italie a fait état de trois de ses ressortissants tués et Madrid de deux Espagnols morts.
En début d'après-midi, des assaillants armés de Kalachnikov ont ouvert le feu sur les touristes qui descendaient de leurs bus puis ils les ont pourchassés à l'intérieur du musée, a relaté le Premier ministre.
"Nous avons réalisé qu'il ne s'agissait pas de pétards mais de terroristes qui tiraient sur toutes les personnes qui marchaient sur la place. Après ils sont entrés dans le musée. Ils étaient presque à dix mètres, ils tiraient sur tout ce qui bougeait", a dit Josep Lluis Cusidó, un touriste espagnol, à la chaîne Cadena Ser.
Selon un journaliste de l'AFP sur place, l'un des autocars à bord desquels les touristes sont arrivés était criblé de balles.
En guerre contre le terrorisme
Certains touristes voyageaient avec le croisiériste Costa, dont un bateau faisait escale dans le port de La Goulette (banlieue de Tunis). "Le capitaine a déclaré 14 passagers manquants, qui ne sont pas remontés à bord", a indiqué dans la soirée à l'AFP un porte-parole de Costa Croisières en France, tout en soulignant "ne pas pouvoir dire" s'ils figurent parmi les victimes de l'attaque au musée.
Au Parlement, mitoyen du musée, la "panique" a été "énorme" lorsque les coups de feu ont retenti, a relaté la députée Sayida Ounissi sur Twitter. La fusillade est intervenue "en pleine audition des forces armées sur la loi antiterroriste", en présence du "ministre de la Justice, de juges et de cadres de l'armée".
Pour Mohsen Marzouk, conseiller politique du président tunisien, l'attaque "vise notre économie", une référence à l'importance pour la Tunisie du secteur touristique. "Mais il ne faut pas que nous laissions ce coup nous affecter. Et je suis sûr que le monde gardera sa confiance en nous."
Des centaines de Tunisiens ont manifesté ensuite dans le centre-ville en scandant "Tunisie libre, le terrorisme dehors".
La communauté internationale a vivement condamné le carnage, à l'instar de l'Américain John Kerry et du Français Laurent Fabius.
Mouvance jihadiste
Depuis la révolution de janvier 2011 qui a chassé du pouvoir le président Zine El Abidine Ben Ali, la Tunisie a vu émerger une mouvance jihadiste responsable de la mort de dizaines de policiers et militaires, selon les autorités.
Liée au réseau Al-Qaïda, la Phalange Okba Ibn Nafaâ est considérée comme le principal groupe jihadiste de Tunisie actif à la frontière avec l'Algérie.
De 2.000 à 3.000 Tunisiens combattraient par ailleurs dans les rangs des jihadistes en Syrie, en Irak et en Libye. Cinq cents autres jihadistes tunisiens sont pour leur part rentrés au pays, selon la police, et sont considérés comme une des plus grandes menaces pour la sécurité.
Des Tunisiens combattant avec le groupe Etat islamique (EI) ont par ailleurs menacé leur patrie ces derniers mois.
En avril 2002, un attentat suicide contre une synagogue à Djerba (sud) avait coûté la vie à 14 Allemands et deux Français ainsi qu'à cinq Tunisiens. Al-Qaïda avait revendiqué l'attentat.
(Avec AFP)