Pour le moment et au niveau du Maghreb, seuls les terroristes et les armes traversenet les frontières, mais ni les biens ni les hommes.                                                    

La scène désolante de l'exécution de sang-froid de 23 vies innocentes laisse bien perplexe sur les motivations de ceux qui ont commis l'irréparable. Mais l'on ne peut s'empêcher de faire le lien avec le chaos sécuritaire dans le voisinage immédiat, fortement marqué par un déficit chronique en intégration régionale qui laisse place à tous les excès.

De par son timing quelques semaines après des élections législatives et présidentielle libres et transparentes, l'attaque de Tunis porte clairement l'empreinte de ceux qui ne veulent pas voir émerger, au cœur du Maghreb, un autre modèle de stabilité et d'alternance au pouvoir.

De l'avis de Beligh Nabli, directeur de recherche à l'Institut français de relations internationales et stratégiques (IRIS), l'assaut terroriste qui a pris pour cible des touristes étrangers au musée du Bardo "s'inscrit dans un arrière-plan chaotique au niveau sécuritaire".

"De nombreuses tensions sont ressenties depuis plusieurs mois à la frontière algérienne, théâtre d'attaques terroristes, ainsi qu'à la frontière avec la Libye", explique l'expert qui pointe du doigt le peu d'emprise sur le trafic d'armes à travers des frontières vastes et poreuses.

Ce trafic, jamais-vu, trouve, sans surprise, un terreau fertile d'abord dans une Libye en décomposition, puis en Algérie voisine et au Mali chez des groupuscules djihadistes actifs ou dormants liés à la nébuleuse "Etat islamique" et à Al-Qaida.

L'on se remémore à juste titre la décapitation barbare en septembre dernier d'un otage français après son enlèvement par le groupe Jund al-Khilafa, dont un membre vient d'être arrêté au Maroc, aujourd'hui à la pointe de la lutte antiterroriste.

Reste qu'un pays ne peut prétendre à l'autarcie dans le combat quasi-existentiel engagé, de nos jours, contre les menaces terroristes et séparatistes de tous poils qui traversent la région.
"Il se berce d'illusions celui qui s'imagine qu'un Etat peut, à lui seul, venir à bout des problèmes liés à la sécurité et à la stabilité", avait à juste titre affirmé le Roi Mohammed VI dans un discours historique devant l'Assemblée constituante tunisienne en mai dernier.

C'est aussi la raison pour laquelle le Souverain a souligné que "les approches exclusives sont inopérantes pour faire face aux dangers qui guettent la région", à un moment où elle continue à tourner le dos aux aspirations de ses peuples à l'intégration.
Ce constat trouve son fondement dans le jeu en solitaire que mène le régime algérien, attaché à ses réflexes hégémonistes hérités de l'époque de la guerre froide. Une manière de voir le monde qui hélas sacrifie toute réflexion profonde sur l'avenir commun de la région maghrébine.

Pourtant, l'Algérie demeure elle-même de temps à autre la cible d'attentats sanglants, le dernier en date étant l'attaque livrée en 2013 par des djihadistes contre les installations pétrolières dans le sud du pays. Cet acte gravissime a montré à quel point l'Etat voisin reste fragile du point de vu sécuritaire, de même que le besoin pressant de consolider les liens sécuritaires face au danger que représentent les éléments incontrôlables formés à l'extrémisme dans la vaste région saharienne.

Il en est de même pour les camps Tindouf, devenus une zone de non-droit où se croisent et s'entremêlent radicalisme, trafic d'armes, de drogue et d'aides humanitaires détournées.
Au lieu d'une libre-circulation des biens et des citoyens, ce sont malheureusement les armes et l'argent des rançons qui circulent et compliquent chaque jour les voies devant mener au contrôle des territoires de la grande région du sahel.

C'est pour ces motifs et bien d'autres que le Roi avait réaffirmé à Tunis que "l'Union du Maghreb n'est plus un choix facultatif ou un luxe politique superfétatoire. Elle est devenue plutôt une revendication populaire pressante".