« J’ai dû fuir, je n’avais pas le choix »
Haya El Ali, Syrienne de 26 ans, activiste anti-régime de la première heure : voici la personne qui n’a pas hésité à mettre sa vie en danger pour rapporter au monde des scènes de la ville de Raqqa, grâce à une caméra dissimulée. Quelques temps après la mise en ligne de sa vidéo, c’était prévisible, Haya a reçu des menaces de mort du groupe terroriste :
« J’ai dû fuir. Je n’avais pas le choix. Après avoir publié la vidéo, Da’ech m’a menacé. Les gens m’ont reconnu à cause de mon langage corporel. Du coup, l’information est parvenue à Da’ech qui ont commencé à m’envoyer des photos de personnes décapitées. »
« Il suffisait de quelques hommes et d’une arme pour avoir du pouvoir à Raqqa »
La ville étant tombée dans l’anarchie, diverses milices ont vu le jour. N’importe quel groupe armé pouvait prétendre au pouvoir. « La ville a été abandonnée par l’opposition et ses chefs militaires. Une multitude de groupes armés se sont formés. Il suffisait de quelques hommes et d’une arme pour former une brigade et avoir du pouvoir dans la ville » raconte la jeune femme.
« Malgré ces gens-là, il faut reconnaître que le système fonctionne »
Le succès de Da’ech est un fait, et la jeune Haya vient nous le rappeler : « Il faut reconnaître que le système fonctionne. Ils sont en train de construire leur assise populaire » explique Haya à son amie journaliste franco-syrienne Hala, installée en France.
Selon la jeune femme, l’organisation terroriste a gagné le cœur, par manque de choix, des Syriens : « Même ceux qui se sont opposés à Da’ech sont en train de changer de bord. Je ne peux pas me permettre de les juger. Ils n’ont pas le choix. Le régime de Bachar est mauvais, celui de Da’ech aussi, mais c’est un moindre mal. »
La souffrance de l’exil
La jeune femme raconte également la grande solitude de l’exil. La vie dure qu’elle mène depuis qu’elle arrivée à Paris le 13 octobre 2014, dans une ville où elle ne maîtrise ni la langue, ni les codes : « Maintenant je suis sans rien. Sans maison, sans chez-moi, sans papier. »
« Ils m’ont privée de tout »
Au regard de ce que Haya a enduré, elle n’a pu retenir ses larmes devant la caméra de France24 : « Ils nous ont violés. Ils ont même violé notre mémoire. Ils nous ont privés de tout ! »