La nouvelle livraison de la revue digitale Dabiq, publiée par Daech, a été mise en ligne lundi soir. Son seul intérêt est l’interview du franco-tunisien Abou Bakr Hakim, assassin du député tunisien Mohamed Brahmi et complice de l’assassinat de Chokri Belaïd. Hormis cette interview qui contient des informations intéressantes, tout le reste n’est que propagande superficielle et haineuse.
Le Dabiq n°8, en anglais comme les précédents, baptise Abou Bakr Al Hakim du doux nom de Abou Mouqatil [le père du combattant]. Ce dernier est né à Paris en 1983, il a grandi aux Buttes Chaumont, il fait sept ans de prison en France et quelques mois en Irak où il était déjà présent en 2003 parmi els troupes de Abou Mousaab Zarqaoui, selon sa version.
Il est arrivé en Tunisie après la révolution, avec pour seul objectif de créer une activité jihadiste.
Premier point: pourquoi a-t-il tué Brahmi? pourquoi ses amis ont-ils tué Chokri Belaïd?
“Pour provoquer le chaos dans le pays, le tawahhush“, étape nécessaire selon la littérature de Daech, pour installer “l’Etat islamique“.
Dans leur scénario, le tawahhush en question devait être provoqué par l’affaiblissement de l’Etat et le cafouillage des forces de sécurité. Ils ont failli avoir raison, car contre le tawahhush, la seule réponse est la fermeté. Or, l’Etat tunisien, dirigé par la troïka et Ennahdha, a fait preuve d’une grande mollesse, à tel point qu’il a été accusé de complaisance voire de complicité.
De plus, ajoute l’assassin, Brahmi était député, et tous les députés sont des “tawaghit“ condamnés à mort.
Les circonstances de l’assassinat de Brahmi le 25 juillet 2013: “Nous avons passé quatre heures d'attente devant de la maison de ce taghout, jusqu'à ce qu'il quitte la maison et monte dans sa voiture. Je me suis ensuite dirigé vers lui et je l’ai tué de dix balles“ [selon la police, Mohamed Brahmi avait été atteint de 14 balles].
L’interviewer de Dabiq demande: “Que pouvez-vous nous dire à propos de l'assassinat
de la murtadd [apostat] Chokri Belaid?“
Réponse: “L'assassinat de Chokri Belaid a été réalisé par notre frère Abu Sayyaf
Kamāl Gafgāzī“. En fait, l’assassin s’appelle Gadhgadhi, il a été tué au cours d’un affrontement avec la police tunisienne, en 2014. Abou Bakr Hakim confirme ainsi la thèse de la police tunisienne et les noms avancés par elle pour les deux meurtres, et notamment les implications de Lotfi Zine et Ahmed Roussi, tous deux tués dans des affrontements ultérieurs.
Abou Bakr Al Hakim explique dans différents passages, qu’un camp d’entraînement destiné à des jihadistes tunisiens a bien été créé en Libye depuis 2011 ou 2012. Il confirme l’importance de la Libye dans la situation tunisienne actuelle et notamment son rôle de fournisseur d’armes de guerre, en plus des camps d’entraînement.
Ahmed Rouissi est devenu le responsable d’un camp d’entraînement de jihadistes en Libye.
L’interviewé fait état d’une activité organisée de contrebande d’armes à destination de la Tunisie.
Il explique que Ahmed Rouissi a été recruté alors qu’il purgeait une peine de prison en Tunisie, pour un délit de droit commun. Il raconte que les prisons sont des endroits propices au recrutement et à la radicalisation.
Son message à ses “frères“ en France? “Tuez quelqu’un, n’importe qui, tous les kuffar [mécréants] sont des cibles licites. Ne vous fatiguez pas à chercher des cibles spécifiques. (…) Bientôt, le drapeau de l’Etat islamique flottera sur l’Elysée“.
Il ajoute:“L’État islamique est proche maintenant. Entre vous et nous, il n’y a que la mer.(…) Vos femmes et vos enfants seront vendus par nous dans le
les marchés de l'État islamique“.
Pour ce qui concerne la Tunisie, un message est adressé aux “Tawaghit sécularistes“: “Entre vous et nous, il n’y a que l’abattage. C’est ce qui vous attend“.