Depuis le 26 mars dernier, le Maroc combat au sein de la coalition emmenée par l’Arabie Saoudite contre la rébellion houthie voulant renverser le régime reconnu internationalement du président Abd Rabbo Mansour Hadi.

L’opération “Tempête de la fermeté“n’a cependant pas manqué de provoquer des réactions de la part de l’AMDH et d’internautes s’insurgeant contre l'engagement aérien marocain au Yémen.

Pour mieux comprendre les ressorts de cette participation que certains n’hésitent pas à appeler «déclaration de guerre illégitime», il faut d’abord revenir sur les textes constitutionnels qui régissent l’état de guerre.

Article 99

La déclaration de guerre, décidée en Conseil des ministres, conformément à l’article 49 de la présente Constitution, a lieu après communication faite par le Roi au Parlement.

Article 49

Le Conseil des ministres délibère :

·   des orientations stratégiques de la politique de l’Etat,

·   des projets de révision de la Constitution,

·   des projets de lois organiques,

·   des orientations générales du projet de loi de finances,

·   des projets de loi-cadre visés à l’article 71 (2èmealinéa) de la présente Constitution,

·   du projet de loi d’amnistie,

·   des projets de textes relatifs au domaine militaire,

·   de la déclaration de l’état de siège,

·   de la déclaration de guerre,

·   du projet de décret visé à l’article 104 de la présente Constitution,.

·   de la nomination, sur proposition du Chef du Gouvernement et à l’initiative du ministre concerné, aux emplois civils de wali de Bank Al Maghrib, d’ambassadeur, de wali et de gouverneur, et des responsables des administrations chargées de la sécurité intérieure du Royaume, ainsi que des responsables des établissements et entreprises publics stratégiques. Une loi organique précise la liste de ces établissements et entreprises stratégiques.

 

Interrogé par médias24, un haut gradé de l’armée marocaine ayant servi sur plusieurs champs de bataille étrangers affirme que dans le cas yéménite, il n’est nul besoin d’en arriver là.

«Le Maroc ne peut intervenir militairement dans un pays tiers que dans deux cas de figure: Sous mandat de l’Onu comme au Kosovo ou alors à la demande expresse d’un pouvoir politique reconnu au niveau international et menacé dans son intégrité par des groupes armés».

Il faut rappeler que c’est le président démocratiquement élu Mansour Hadi, qui a demandé l’aide de ses alliés et que la coalition saoudienne bénéficie du soutien logistique des Etats-Unis d’Amérique.

Notre interlocuteur poursuit que la participation limitée du Maroc dans le conflit du Yémen ne peut pas être assimilée à une guerre au sens propre du terme.

«C’est une action de solidarité pour préserver la légitimité d’un régime démocratiquement élu. Elle se fait dans le cadre d’accord de coopération militaire avec les pays du Conseil de Coopération du Golfe qui nous soutiennent politiquement, diplomatiquement et matériellement».

La participation marocaine est donc une réponse aux appels pressants à l’aide d’un pays ami et l’affirmation de son influence diplomatique et sécuritaire.

« J’en veux pour preuve le fait que l’action limitée de nos pilotes ne vise aucune cible étatique ou corps d’armée officiel. La participation du royaume aux côtés de la coalition militaire est dirigée contre un groupe rebelle unanimement rejeté par la communauté internationale.

De plus, le Maroc n’est pas le leader des frappes contre les chiites houthis et son action s’insère dans le cadre d’un simple soutien aérien sans troupes au sol pour mettre fin à des attaques illégales de groupes rebelles. «Si nous étions dans une démarche illégale ou injustifiée, la communauté internationale n’aurait pas manqué de condamner le Maroc», estime notre interlocuteur.

Joint à son tour, le député Mehdi Bensaîd déclare préférer attendre que la commission des affaires étrangères qu’il préside se réunisse sur ce dossier pour se prononcer en toute sérénité

Confronté à des sécessionnistes au Sahara, le Maroc marocain fait part de sa détermination à lutter contre les groupes armés non étatiques menaçant la stabilité régionale ou de ses alliés.

Le Maroc qui fait partie de la sphère sunnite contribue aussi à limiter l'expansion iranienne qui soutient la rébellion chiite houthie en confirmant son partenariat stratégique avec les pays sunnites du Conseil du Golfe.

Le communiqué du ministère marocain des affaires étrangères paru la semaine dernière est à cet égard édifiant: «Le Maroc veut faire face à toute conspiration étrangère ourdie contre ce pays et contre la sécurité du Golfe et la sécurité arabe».

Le seul risque que prend le royaume serait de perdre un de ses pilotes pendant son engagement aérien comme le cas du pilote jordanien sauvagement exécuté par les hordes du groupe terroriste  Daech.

Au regard de son faible niveau de participation comptant 6 avions F-16 C/D Block 52+ stationnées aux Emirats arabes unis, cette éventualité paraît peu probable car les pays du Conseil du Golfe ont mobilisé à eux seuls 200 avions de combat.

Rappelons que ce ne sont pas les premières frappes aériennes auxquels participe le Maroc à l’étranger. Le royaume est en effet engagé sous commandement émirati aux côtés d’une coalition internationale pour lutter contre Daech contrôlant une partie de la Syrie et de l’Irak.