Isis: Inside the Army of Terror, aux éditions Regan Arts, occupe le 4ème rang des ventes des livres de poche et le 9ème rang des ventes de livres toutes catégories aux Etats-Unis.
L’ouvrage du Syrien Hassan Hassan et de l’Américain Michael Weiss est considéré comme le plus complet sur l’évolution historique de l’Etat islamique (EI) depuis le début des années 2000 et ses techniques de recrutement. Il est notamment basé sur du travail de terrain des deux hommes et des entretiens conduits avec des membres et des anciens membres de Da’ech.
L’approche duale contribue à enrichir l’ouvrage. Hassan Hassan est un chercheur basé à Abou Dhabi au centre de recherche Dalma Institute et il écrit pour The National, un site émirati de « centre-gauche ».
Michael Weiss écrit pour la revue Foreign Policy et est également auteur de théâtre. Sa dernière pièce d’ailleurs porte sur le nucléaire iranien et les négociations avec le groupe 5+1 en les mettant dans le contexte de la situation moyen-orientale. Les premières critiques de la pièce sont positives.
Faire basculer des régions entières dans la barbarie
La littérature récente sur l’Etat islamique comprend La gestion de la sauvagerie par Abu Bakr Naji. Cet ouvrage, qui a fait l’objet d’un article sur Médias 24 en février dernier, peut être lu comme un essai sur l’exploitation de la terreur, comment faire tomber les Etats « apostats » afin que les régions musulmanes tombent dans un Etat de barbarie, permettant ainsi la construction d’un « nouvel ordre ».
John Berger et Jessica Stern ont également publié un ouvrage, Isis: The State of Terror, qui explique pourquoi et comment l’Etat islamique recrute dans des milieux bien spécifiques, « des jeunes en colère, mal intégrés, attirés par le combat contre les non-croyants ».
Le but de ces ouvrages est, entre autres, de comprendre pourquoi plus de 20.000 combattants étrangers dont une dizaine de milliers de Maghrébins et d’Arabes (Tunisiens, Marocains, Jordaniens et Saoudiens) combattent entre Rakka et Mossul.
Un article publié aussi récemment que le 5 avril sur les colonnes du New York Times raconte comment une dizaine de jeunes Norvégiens de la ville de Frederikstad, nés dans l’un des pays les plus riches du monde, ont cédé aux sirènes des hommes aux drapeaux noirs.
Dans la peau d’une djihadiste, de la journaliste Anna Erelle, raconte comment le recrutement se fait sur Internet. Un mélange de drague et de domination machiste, de chantage et de promesses de bonheur familial et spirituel.
L’ouvrage de Michael Weiss et de Hassan Hassan fournit de nombreux détails sur les méthodes de gestion de la barbarie sur le terrain. L’ouvrage raconte comment l’EI était un groupuscule sunnite défait en 2003-2004 et comment il a été réanimé par le Jordanien Abou Moussab Zarkaoui d’Al Qaida avant de s’autonomiser et de se distancer des disciplines de Ben Laden.
« Il n’existe pas d’Etats au Moyen-Orient, seulement des tribus avec des drapeaux »
Selon Weiss et Hassan, de nombreux Syriens ont été persuadés de rejoindre les rangs de l’EI pour défaire le régime de Bachar Al Assad. Mais il y a également des arguments théologiques et le fait que nombre de Syriens sont convaincu que seul l’EI peut les protéger contre les chiites et les Kurdes… Le tribalisme a la vie dure. Sentence d’un chercheur américain : « il n’existe pas d’Etats au Moyen-Orient, seulement des tribus avec des drapeaux ».
Weiss et Hassan expliquent également dans leur ouvrage les complicités entre l’EI et le régime de Damas qui combattaient tout deux l’opposition laïque, militaire ou encore celle des groupes liés à Al Qaïda en 2011-2012. « C’est notamment ainsi, indiquent Weiss et Hassan, que Bachar a pu retenir les Américains et des Occidentaux de le renverser ».
Des responsables des services israéliens sont allés jusqu’à reconnaître récemment que Tel Aviv n’avait « aucun intérêt à se débarrasser de Bachar qui lui tient « efficacement » la frontière du Golan depuis 40 ans ». Quoique cela risque de changer dans les prochaines semaines avec l’entrée de l’EI dans le camp de Yarmouk à moins de 10 km de la capitale Damas.
Les auteurs Weiss et Hassan reviennent dans leur ouvrage sur la défaite de l’EI à Kobané et les reculs enregistrés à Tikrit comme pouvant ralentir le recrutement de combattants pour l’EI, sonnant la fin des batailles et des avancées faciles.
Mais Weiss et Hassan mettent en garde : l’EI n’est plus seulement en Syrie et en Irak mais aussi dans le Sinaï, à Gaza, en Libye, au Yémen, en Tunisie, en Arabie saoudite et jusqu’au Nigéria.