Joint par téléphone par Médias 24 à Ramallah, Majed Bamya, un des brillants fers de lance de l’action diplomatique palestinienne a répondu à nos questions concernant l’adhésion le 1er avril dernier de son pays à la Cour pénale internationale (CPI).

Concrètement, qu’est ce que va changer pour la Palestine, le fait de faire partie de la CPI ?

Majed Bamya : En quelques mots, cette décision signe la fin de l’impunité pour les criminels de guerre israéliens qui se sont encore livrés à des exactions en juillet 2014 dans la bande de Gaza.

Israël a tellement été habitué à se croire aux dessus des lois internationales que notre adhésion ne manquera pas de le faire réfléchir à l’avenir. C’est aussi une façon de responsabiliser les institutions internationales pour mener à bien les missions pour lesquelles elles ont été créées.

Vous semblez optimistes alors qu’Israël a annoncé dès votre adhésion qu’elle ne collaborerait pas et n’accepterait aucune décision de cette cour.

Pendant très longtemps, Israël a prétendu sans vergogne être l’armée la plus morale du monde. Aujourd’hui, elle dit qu’elle ne permettra pas que ses soldats et officiers soient jugés pour crimes de guerre et contre l’humanité.

C’est une reconnaissance implicite du fait qu’elle pourrait être accusée et condamnée pour ce genre de crimes.

Au lendemain de notre adhésion, l’image d’Israël a été ternie par les mesures punitives prises contre le peuple palestinien et par ses demandes aux bailleurs internationaux d’arrêter de financer la CPI.

Quelle a été sa contre-attaque au lendemain de votre adhésion ?

Face à nos actes légaux, Israël n’a pas trouvé mieux que de prendre des mesures de rétorsion illégales. Il a décidé de ne pas nous reverser le montant des taxes qu’il collecte et donc de nous voler notre propre argent pour se venger de cette avancée internationale.

Nous invitons donc la CPI à prendre ses responsabilités face aux agissements criminels de cette puissance occupante qui nous spolie de toutes les manières possibles.

Le Fatah était-il sur la même longueur d’ondes que le Hamas sur la nécessité d’adhérer à la CPI ?

Evidemment, il y a un consensus national très large sur cette question qui concerne tous les partis politiques palestiniens. Ils nous soutiennent dans notre démarche légaliste qui respecte le droit international. Nous réclamons simplement que ce droit s’applique à tout le monde, y compris Israël.

Après votre adhésion à la CPI, quelles sont les prochaines étapes de votre offensive diplomatique ?

Nous avons plusieurs volets dans notre calendrier d’actions diplomatique au niveau international. En décembre dernier, nous avons essayé sans succès de faire adopter une résolution du conseil de sécurité de l’ONU qui mette fin à l’occupation israélienne. Le deuxième volet consiste à mettre fin à l’impunité israélienne et à assurer une responsabilisation des actes commis dans nos territoires.

Les conventions internationales que nous avons signé sont une manière d’affirmer l’Etat palestinien comme respectueux des lois internationales. Nous espérons qu’à l’avenir, l’adoption d’une résolution au conseil de sécurité mettra fin au conflit qui nous oppose depuis 65 ans aux Israéliens.

Votre prochain objectif est donc d’intégrer l’ONU comme membre à part entière ?

Ce n’est pas notre priorité car nous voulons, avant toute chose, la fin de l’occupation israélienne (la Palestine a le statut l’Etat observateur non membre de l’ONU, NDLR).

Nous avons déjà tenté d’avoir ce statut, cela n’a pas marché, mais nous retenterons le coup.

Pour que notre Etat soit enfin souverain, il faut tout d’abord mettre fin à la colonisation et, pour cela, nous continuerons à actionner tous les mécanismes internationaux ainsi qu’une résistance pacifique sur le terrain face à l’oppression israélienne.