Rendu public le 17 avril dernier, le rapport du département américain de la Défense (DoD) sur la « cyberstratégie » rappelle que les menaces liées à la cyberguerre sont suivies de près depuis 2011 avec la création d’un US Cybercom, comme il existe un US Africacom, un commandement militaire pour l’Afrique.  On en sourirait presque de cette fiction qui va rattraper la réalité.

Désormais l’armée US dispose d’un US Cybercom comme elle dispose d’un commandement central pour l’aviation, la marine ou l’Afrique sahélienne. Mais les petits hommes verts ont les yeux bridés pour l’instant.

Kim et compagnie

Un événement majeur semble avoir accéléré les choses aux Etats-Unis : l’attaque par les hackers Nord-Coréens en novembre dernier des serveurs de Sony Pictures à leur siège en Californie.

Selon les Américains, les Nord-Coréens ont pu pénétrer et voler des données informatiques dont des copies de films non diffusés. Les hommes de Pyongyang voulaient venger la sortie annoncée pour la fin 2014 d’un film qui parodie la dictature de la dynastie coréenne. Précision : toutes les sources d’information en la matière sont américaines.

L’armée américaine ne réagira cependant pas directement à cette attaque informatique d’envergure et historique à bien des égards,  même si la doctrine US en la matière envisageait une telle situation depuis 2011. Les lignes sont rouges, mais avec des nuances et selon les besoins politiques, diplomatiques, militaires et de communication du moment.

Rapport de 35 pages dont la rédaction a été accélérée entre novembre 2014 et avril 2015, celui-ci dresse les menaces « d’adversaires potentiels qui ont investi de manière significative dans le cyber ». La Russie, la Chine, l’Iran et la Corée du nord y figurent. L’Etat islamique en Irak et au Levant aussi.

Selon les rédacteurs et analystes de Ash Carter, cette « guerre » a déjà commencé. D’ailleurs, depuis 2011, l’armée US y consacre 6.200 hommes et 133 unités distinctes avec beaucoup de jeunes de moins de 25 ans familiers, dès le berceau, à la culture informatique.

Ces moyens doivent continuer d’augmenter dans les années à venir. Aucun chiffre en dollars n’est communiqué sur la cyberguerre dans ce rapport public. Le budget militaire officiel US est de 600 MM$, de loin le premier dans le monde. Pékin et Moscou sont à 120-150 MM$ chacun, les Saoudiens à près de 80 MM$, les Israéliens à moins de 20 MM$.

Le rapport américain définit cinq objectifs principaux dont le premier est « d’entretenir et de bâtir des capacités et des forces capables d’agir dans le cyberspace » ; second objectif : défendre le système d’information du département de la Défense. Les autres objectifs traitent de la défense du territoire, d’alliances et de « partenariats ».

En publiant ce rapport, l’objectif du Pentagone est de s’assurer des financements, de « faire prendre conscience au public américain » de la menace et de « faire de la dissuasion ».  En la matière, la cyberguerre est une autre forme de guerre. Internet, né en 1969, est aussi devenu un petit monstre, comme la recherche sur le nucléaire dans les années 1930 et 1940.