Le maire d’origine marocaine de Rotterdam a décidément la cote. Après avoir été invité par Obama himself pour participer à une conférence consacrée à la lutte contre l'extrémisme, Ahmed Aboutaleb, premier maire musulman d’une métropole européenne, est désigné Néerlandais de l’année par l’hebdomadaire Elsevier, couronné meilleur administrateur des collectivités locales par la revue Binnenlands Bestuur, élu homme politique le plus populaire aux Pays-Bas selon un sondage de l’Agence néerlandaise de presse et arrive en tête des personnalités préférées des Néerlandais pour le poste de Premier ministre…une belle consécration pour ce fils d’imam arrivé aux Pays-Bas à 16 ans sans parler un mot de néerlandais. 

Ascension fulgurante

Né en 1961 à Beni Sidel, une bourgade nichée dans les montagnes du Rif, Aboutaleb émigre avec ses parents aux Pays-Bas à l’âge de 16 ans, dans le cadre du regroupement familial. Très vite, il suit des cours accélérés de langue à Amsterdam et s’inscrit dans un institut de technologie

En 1987, il décroche un diplôme d'ingénieur, mais préfère s’essayer au journalisme. Après de brèves collaborations avec des journaux locaux, il rejoint le ministère de la Santé en tant que chargé de la presse, avant d’être nommé directeur d'une fondation qui promeut le multiculturalisme. 

Début des années 2000, il est élu échevin (premier adjoint au maire) d'Amsterdam, puis en 2007, devient Secrétaire d'Etat aux Affaires sociales et à l'emploi dans le gouvernement Balkenende. 

Deux ans plus tard, ce natif du Rif devient premier maire musulman du premier port d'Europe, l'une des villes les plus cosmopolites du monde, au nez et à la barde de l’extrême droite néerlandaise. Geert Wilders, ce député provocateur de droite, auteur d'un film contesté sur l'islam, aurait préféré qu'il soit «maire de Rabat». Mais Aboutaled ne se soucie guère des critiques et réussit parfaitement dans sa mission.  

Un bel exemple d’intégration

Son grand secret, selon le quotidien néerlandais Algemeen dagblad, ce sont ses heures passées sur le terrain depuis 2009. « Il n’y a pratiquement pas une rue ou une place à Rotterdam qu’il n’ait foulées ces six dernières années », écrit le deuxième quotidien du pays.  

D’autres expliquent sa réussite par sa capacité à s’adapter au pays d’accueil, quitte à agacer parfois ses coreligionnaires les plus conservateurs. En 2004, suite à l’assassinat du journaliste-cinéaste Theo van Gogh, Ahmed Aboutaleb défraie la chronique auprès de ses coreligionnaires et défrise les plus conservateurs d’entre eux: « Si vous ne voulez pas faire l'effort de vous adapter à ce pays, il y a des vols tous les jours à destination de Casablanca au départ de l'aéroport de Schiphol».

Onze ans plus tard, suite à la tuerie de Charlie, Ahmed Aboutaleb monte de nouveau au créneau dans un message adressé à ses coreligionnaires mécontents, appelant  ceux qui n'appréciaient pas la vie en Occident à faire leurs valises. 

Dans un pays souvent associé à l'idée de tolérance, et à celle de consensus et de concertation sociale que l'on désigne par le « modèle polder », Ahmed Aboutaled est sans doute un bel exemple de réussite, en dépit de ses origines. Mais au final, ce qui a agace le plus les détracteurs du maire d’origine rifaine, ce n’est pas tant d’être né au Maroc, mais d’être issu de la ville concurrente d'Amsterdam et, surtout, d'être supporteur du club de football de l'Ajax, pire ennemi du Feyenoord Rotterdam !