Cette “Nuit de la Philosophie-Nuit des Idées“, s’est déroulée vendredi soir 29 mai, au Riad Atlas-Palmeraie de la ville ocre, avec le soutien de la Fondation Fourtou-Institut de France et du Réseau de développement de la lecture à Marrakech.
Hassan Ait Aazizi a rappelé aux nombreux intervenants le défi qui les attendait: philosopher pendant toute une nuit; synthétiser les idées pour que les interventions ne dépassent pas 5 ou 7 minutes. Mais surtout être capables de retenir l’attention d’un auditoire, pas forcément spécialisé en philosophie.
Le thème retenu cette année: «L’Autre parmi Nous». Philosophes, mais aussi médecins, chercheurs, enseignants, écrivains, défenseurs des droits de l’homme, qu’ils soient marocains ou français, ont tellement réussi leurs prestations qu’à l’étonnement même des organisateurs, le public écoutait, dans un silence quasi-religieux, tout ce qui se disait.
Il faut vrai que l’actualité récente, des attentats de Charlie Hebdo aux massacres en Syrie et en Irak, donnait à cette réflexion sur les autres une pertinence toute particulière.
Comme l’a rappelé le psychiatre Jalil Bennani, l’Autre, c’est celui qui est différent; c’est l’étranger; c’est celui qui fait peur. Celui qui est stigmatisé et qui, in fine, se réfugie dans un enfermement identitaire. Aujourd’hui, le Maroc est un pays d’immigration: il ne faudrait pas que les Marocains aient vis-à-vis de ces exilés subsahariens notamment, le comportement qu’ils stigmatisent à juste titre de la part de certains européens lorsqu’il s’agit des banlieues.
Pour le philosophe Guillaume Leblanc, l’Autre, c’est celui qui crée en nous une peur panique: celle d’être absorbé, souillé. Qui nous angoisse: et si nous perdions notre identité ? Bref, l’enfer c’est les autres, comme l’a écrit Jean-Paul Sartre dans Huis Clos!
Tout au long de la nuit, des lectures ou des scénettes jouées par des lycéens et des étudiants, avec des textes forts sur l’Identité ou la Tolérance, ont accentué les propos des intervenants: quand on va vers les autres, quand on les accepte tels qu’ils sont, on se grandit soi-même.
Et comme l’a glissé à la fin de son intervention, avec un sourire malicieux, Monique Castillo, professeur à l’Université de Paris Est: «Je ne suis que ce que l’autre comprend de moi». Une phrase que l’on devrait tous méditer dans nos activités professionnelle ou familiale. Bref, dans la vie tout simplement.
A noter que la nuit de la philosophie aura lieu à nouveau l’an prochain. Le titre en est déjà arrêté: «La Nuit du Bonheur». Tout un programme!