On a appris ce dimanche que le secrétaire général de la Confédération africaine de football (CAF), le Camerounais Issa Hayatou a été entendu par la police suisse dans le cadre de l’enquête sur l’octroi des mondiaux de 2018 et de 2022.
La Fifa est actuellement sous le coup de deux enquêtes. Une aux Etats-Unis sur la corruption entourant l’octroi des mondiaux de 1998 et de 2010 et les droits télévisés en Amérique du sud. La seconde enquête est menée par les autorités suisses sur les conditions de l’octroi des mondiaux 2018 et 2022.
« Une ONG et un nid de voleurs »
Dans le dossier du mondial 2010, Jack Warner est poursuivi par la justice américaine pour avoir corrompu le choix de l’Afrique du sud d’organiser le Mondial 2010. Pretoria a formellement reconnu avoir versé 10 M$ à la Fifa. Le Maroc avait perdu de trois voix contre l’Afrique du sud lors du vote. Ces trois voix étaient celles de la Concacaf, la confédération d’Amérique centrale, du nord et des Caraïbes présidée à l’époque par Jack Warner. Jack Warner a été arrêté mercredi soir et libéré sous caution le lendemain.
Outre Warner, deux de ses fils sont également inculpés dans ce dossier. L’un d’eux, Daryll, a collaboré avec le FBI pour les besoins de l’enquête.
Le dossier d’instruction de la justice américaine contient 47 chefs d’accusation de corruption, blanchiment et évasion fiscale concernant 14 personnes pour des montants de 150 M$.
La Concacaf dont le siège est à Miami a vu ses bureaux perquisitionnés par le FBI mercredi dernier au moment même où la ministre américaine de la Justice Loretta Lynch et le patron du FBI rendaient public un vaste dossier d’inculpations de responsables actuels et anciens de la Fifa pour différents faits de corruption
Pour rappel, ce chiffre de 10 M$ est cité dans le dossier d’instruction américain. C’est la somme qu’aurait promise Pretoria à Jack Warner pour son vote. Confrontés à la difficulté de faire un versement direct pour Jack Warner, les Sud-Africains ont demandé à la Fifa de le faire pour « financer » un centre de football.
Le président de la fédération sud-africaine de l’époque Dany Joordan a reconnu dimanche 31 mai que le montant de 10 M$ a été déduit d’une somme de 100 M que la Fifa a versé à l’Afrique du sud en 2008 pour l’organisation du Mondial 2010.
Les documents de la justice américaine montrent que Jack Warner a mis plus de trois ans à payer en quatre fois Charles Blazer pour ses services d’intermédiaire avec Pretoria.
L’argent aurait été transféré en faveur de Jack Warner et servi à construire ce centre sur un terrain appartenant à Warner. Le centre aurait coûté 3,5 M$ mais la FIFA ne s’est jamais souciée de la destination du solde. Près d’un million de $ a été versée à Charles « Chuck » Blazer, ancien responsable du développement à la Fifa et intermédiaire entre Warner et les Sud-Africains. Charles Blazer, citoyen américain, est un autre protagoniste important de l’affaire qui a collaboré avec le FBI depuis 2013.
Commentaire d’un internaute : « le fair-play, c’est seulement pour les footballeurs, « allusion au slogan ressassé à chaque match international par les officiels du football international ». Commentant cette affaire, El Pais de ce lundi 1er juin parle de « La Fifa, une ONG et un nid de voleurs ».
Outre Warner, Sepp Blatter et Michel Platini ont voté en faveur de l’Afrique du sud en 2004 pour le Mondial 2010. Le comité exécutif de la Fifa, composé de 24 membres, est l’instance souveraine qui désigne les pays organisateurs de mondiaux.
S’agissant de la réélection de Blatter vendredi, on a appris ce lundi que le président de la Fédération française de football Noël Le Graet a voté en sa faveur. Il est vivement critiqué par la presse française ce matin.
Sur ces mêmes colonnes dimanche 31 mai, Jamal Mikou rappelait que « si Blatter décide du pays organisateur, ce pays l’aura. Blatter connait tous les rouages, tous les présidents de fédérations ». La Chine serait « pré-désigné » pour 2026.
Sepp Blatter réélu vendredi 30 mai pour un 5ème mandat à la tête de la Fifa en fut le directeur du développement à partir de 1975 et secrétaire général sous Joao Havelange jusqu’à sa première élection en 1998.
Ce week-end à Londres, le Prince William a appelé « la Fifa à donner la priorité au football ». Vendredi dernier à quelques heures du vote de Zürich, le chef du gouvernement britannique David Cameron avait twitté pour demander le départ de Sepp Blatter.
Sur le volet financier, la banque israélienne Hapoalim est citée dans le volet de l’instruction des officiels sud-américains de la Fifa et l’achat des droits de retransmission télévisée.
Première conséquence économique de ce scandale, l’équipementier Nike et sponsor-clé de la Fifa entrerait en eaux agitées. Il serait sur une liste d’entreprises « à prendre ».