Très peu de Marocains connaissaient l’article 489 du code pénal. Maintenant, beaucoup vont savoir de quoi il s’agit.

Cette année, la programmation musicale de Mawazine a ceci de particulier qu’elle crée polémique sur polémique. Après la prestation scénique décriée de la chanteuse Jennifer Lopez, le soutien affiché du bassiste de Placebo à la cause homosexuelle risque à son tour de déchaîner les critiques.

Le concert du groupe anglais succède au coup d’éclat de deux “Femen“ qui se sont exhibées seins nus devant la Tour Hassan de Rabat, pour «célébrer les droits LBGT et dénoncer l’injustice faite à la communauté homosexuelle au Maroc».

Connu pour ses prises de position tranchées en faveur des gays, le bassiste est d’abord apparu sur scène avec une basse aux couleurs arc en ciel de la communauté LGBT (lesbian, gay, bisexuel, transexuel).

Il a alors retourné son instrument où apparaissait le numéro 489 barré d’une croix puis a dévoilé son torse nu avec l’inscription 489 barrée d’une croix.

Cet engagement dénonce l’article du code pénal qui «punit d'emprisonnement de 6 mois à 3 ans et d'une amende de 120à 1.200 DH, à moins que le fait ne constitue une infraction plus grave, quiconque commet un acte impudique ou contre nature avec un individu de son sexe. »

Dans le projet de code pénal, l’amende est aggravée (2.000 à 20.000 DH), tandis que la peine de prison est maintenue.

Connu pour être un militant de la liberté sexuelle, ce musicien suédois utilise souvent son corps pour transmettre des messages en faveur de la cause homosexuelle.

Juste après le concert, Stefan Olsden a publié sur son compte Twitter, une photo de sa prestation accompagnée  de commentaires condamnant l’article 489.

En 2007, il s’était produit avec son groupe à Vilnius, avec l’inscription «Homo» en lettres majuscules sur son torse pour dénoncer la criminalisation de l’homosexualité en Lituanie. A l’issue du concert, il avait aussi échangé un baiser avec Brian Molko chanteur du groupe.

Malgré le peu de monde présent, le groupe s’est illustré par une belle prestation scénique mais a certainement hypothéqué l’éventualité d’un futur concert dans le Royaume.

On aurait pu penser également à une ingérence, voire à une condescendance condamnable de la part du bassiste. En réalité, Stefan Oslden est coutumier du fait. En tout état de cause, il est impossible d'avoir un festival de la taille de Mawazine, avec cette ambition et cette ouverture, sans qu'il y ait des débordements ici ou là.