Interpelé dès 2011 pour fraude fiscale par le parquet de Brooklyn (New York) à l’époque dirigé par l’actuelle ministre américaine de la justice Loretta Lynch, Blazer a déclaré avoir reçu des pots-de-vins de la part du Maroc. La retranscription de son témoignage a été rendue publique mercredi. Les 40 pages de cette déposition peuvent être consultées ici. Maic dans ce nouveau document, Blazer ne parle pas spécialement du Maroc. La publication de ce document a en fait fait remonter à la surface les première accusations de celui ci contre le Maroc, divulguées la semaine dernière.
Il avait alors admis devant les juges américains que «lui-même et d’autres membres du comité exécutif de la Fifa avaient accepté de toucher des pots-de-vin pour voter en faveur de l’Afrique du sud pour l’organisation du Mondial 2010».
Parmi les mis en cause dans le dossier de2010 et celui de 1998, on retrouve Jack Warner à l’époque président de la Concacaf (Confédération pour l’Amérique du nord, centrale et les Caraïbes) et vice-président de la Fifa. Warner fait désormais l’objet d’un avis de recherche et d’une demande d’extradition de la part d’Interpol à la demande des autorités américaines.
Confronté à la France dans la dernière ligne droite, le comité de la candidature du Maroc dirigé par Abdellatif Semlali a, selon Blazer, proposé de payer pour obtenir une voix supplémentaire. Le vote intervenu en 1992 tournera finalement en faveur de la France.
Charles «Chuck» Blazer, présenté dans la presse internationale comme «la taupe» du FBI, collabore avec les enquêteurs américains dans ses enquêtes sur la Fifa depuis la veille des Jeux olympiques de Londres de 2012. A cette occasion, muni d’un micro-enregistreur sous forme de porte-clés, il a enregistré ses conversations avec plusieurs dirigeants du sport international réunis pendant l’été dans la capitale britannique.
Blazer, 70 ans, est citoyen américain et il est accusé de corruption, de blanchiment et de fraude fiscale. Il est également impliqué dans l’achat par l’Afrique du sud des trois voix de la Concacaf pour obtenir le Mondial 2010. Il a également admis des procédés de racket et de corruption dans les affaires de droits télévisés en Amérique du sud durant les décennies 1990 et 2000.
Hormis ses déclarations, Blazer n’a pas fourni de preuves. Mais s’il le faisait et qu’il était démontré que l’argent a transité par un compte bancaire américain, le parquet de Brooklyn pourrait demander à entendre des dirigeants marocains.
4 tentatives marocaines
Les membres des comités de candidature du Maroc à l’organisation de mondiaux du Maroc, tels Saïd Belkhayat ou Jamal Mikou reconnaissent une franche générosité marocaine lorsqu’il s’agissait de recevoir les dignitaires de la Fifa et leurs épouses au Maroc ou d’organiser des dîners ou des réceptions à Zürich ou lors des congrès de la Fifa. En revanche, ils nient toute forme de corruption directe.
Les Marocains, dans la perspective du Mondial 2006, avait embauché un ancien président du comité d’organisation du Mondial de 1994 aux USA pour les aider et les conseiller. Il devait recevoir une généreuse prime si le Maroc avait obtenu le mondial.
Abdellatif Semlali, décédé en janvier 2001 à l’âge de 63 ans, a dirigé les comités de candidature marocains pour les mondiaux de 1994 et 1998. Driss Benhima a dirigé celui pour 2006 et Saâd Kettani pour le Mondial de 2010. Ces deux derniers ne se sont pas jusqu’à présent exprimés sur le sujet, de même que le nouveau ministre des sports, mais néanmoins vétéran des arcanes de la politique marocaine, Mohand Laenser.
Les médias français, depuis mercredi soir, couvrent extensivement, et parfois avec ironie, "les tentatives marocaines d’acheter" l’organisation du Mondial 1998 finalement obtenue par la France.
Blatter et Valcke non grata
Dans les autres volets du dossier des scandales financiers de la Fifa qui s’épaissit à vue d’œil d’heure en heure, la BBC a publié la copie d’un courrier montrant que le secrétaire général de la Fifa Jérôme Valcke était bien au courant des transferts financiers entre l’Afrique du sud et la Concacaf de Jack Warner. Le courrier montre que la Fifa a aidé au transfert des fameux 10 millions de dollars.
De son côté, le président de la fédération sud-coréenne de football a demandé à Sepp Blatter de quitter immédiatement la tête de la Fifa et de ne pas participer au travail de réformes annoncé.
Enfin, si l’on savait que Jérôme Valcke n’ira pas au Mondial féminin qui a débuté cette semaine au Canada, Sepp Blatter non plus. La Nouvelle-Zélande où se déroule actuellement le Mondial des moins de 20 ans a déclaré mercredi Blatter et Valcke non grata.
Le New York Times, ABC News et Reuters indiquaient mercredi soir que le FBI s’intéressait désormais à Sepp Blatter.
Par ailleurs la pression s’accentue sur la Russie et le Qatar qui doivent organiser les mondiaux de 2018 et 2022. Blazer entretenait de bonnes relations avec Vladimir Poutine, Gazprom devenant un sponsor de la FIFA dans les mois précédant le vote du 2 décembre 2010. Les Américains semblent déterminés à casser le choix de la Russie pour 2018. Les Anglais, David Cameron et famille royale en tête, sont très critiques vis-à-vis de la Fifa et du choix du Qatar. Londres a tenu à préciser ce mercredi qu’elle n’était pas candidate à l’organisation du Mondial 2022.
Hormis l’enquête menée par le FBI américain sur les faits de corruption entourant l’organisation des coupes du monde de 1998 et 2010 et une dizaine de dossiers sur l’octroi des droits télévisés, la justice suisse enquête sur les conditions de l’octroi le 2 décembre 2010 des mondiaux 2018 à la Russie et 2022 au Qatar.
Blazer, millionnaire barbu et fantasque, incontournable pendant deux décennies dans le football sur le continent américain, a dévoilé les coulisses des attributions de deux éditions de la Coupe du monde dans ce qui constitue le premier témoignage d'un haut responsable de la Fifa sur certaines pratiques obscures de l'instance dirigeante du football.
"Durant la période où j'ai travaillé pour la Fifa et la Concacaf, j'ai entre autres commis avec d'autres personnes au moins deux actes d'activité de racket", a déclaré M. Blazer qui a, depuis, été remis en liberté sous caution et a coopéré pleinement avec les enquêteurs.
"J'ai accepté avec d'autres personnes en 1992 ou autour de cette date de faciliter le versement d'un pot-de-vin pour la sélection du pays hôte de la Coupe du monde 1998", a admis Blazer, âgé de 70 ans.
Impopularité
Dans un autre document publié également mercredi, la justice américaine a précisé que M. Blazer avait été invité au Maroc par le comité de candidature local avec celui qui est désigné par la justice américaine sous le nom de "complice N.1".
"Blazer était présent lorsqu'un représentant du comité de candidature marocain a offert un pot-de-vin au complice N.1 en échange de sa voix pour le Maroc dans le scrutin pour le pays-hôte de la Coupe du monde 1998. Le conspirateur N.1 a accepté le pot-de-vin", précise le document.
Le scénario s'est reproduit pour la Coupe du monde 2010, convoitée par l'Egypte, le Maroc et l'Afrique du Sud, mais Blazer, entré dans l'intervalle au Comité exécutif de la Fifa, a cette fois été l'un des bénéficiaires directs.
"A partir de 2004 et jusqu'en 2011, moi et d'autres membres du comité exécutif de la Fifa, nous avons accepté des pots-de-vin en vue de la désignation de l'Afrique du Sud comme pays organisateur de la Coupe du monde 2010", a-t-il admis.
L'Afrique du Sud a depuis reconnu que 10 millions de dollars ont été versés au football caribéen par fraternité panafricaine, mais a balayé toute idée de corruption.
A son tour, la police australienne a indiqué jeudi enquêter sur un détournement de fonds présumé dans le cadre de la candidature de l'Australie à l'organisation du Mondial 2022 de football, attribuée au Qatar sur fond d'allégations de corruption.
Jack Warner, recherché par Interpol depuis une semaine, a affirmé mercredi détenir des documents prouvant l'implication de la Fifa dans les élections législatives de 2010 à Trinité-et-Tobago, son pays.
"Dans ces documents, il est aussi question de ma connaissance de transactions internationales au sein de la Fifa, incluant son président M. Sepp Blatter", a-t-il déclaré dans un spot de cinq minutes diffusé par la télévision TV6.
Aucun reproche
De son côté, Joseph Blatter a expliqué les raisons de son départ devant quelque 400 membres du personnel de l'instance internationale qui l'ont longuement applaudi.
Mais hors des murs du siège de la Fifa à Zurich (Suisse), le Suisse de 79 ans, dont 40 ans de présence à la Fifa, a pu mesurer son impopularité.
Il a subi un camouflet lorsque les organisateurs du Mondial des moins de 20 ans en Nouvelle-Zélande ont annoncé qu'ils ne souhaitaient pas sa présence alors qu'il devait assister à la finale le 20 juin.
Les responsables politiques du monde entier ont fait part de leur satisfaction après l'annonce de son départ.
Pour le New York Times, les autorités "espèrent obtenir la coopération de certains des responsables de la Fifa inculpés" pour corruption pour resserrer l'étau autour de lui. La chaîne ABC News fait également état d'une enquête du FBI visant directement Blatter.
Jérôme Valcke, secrétaire général de la Fifa et son bras droit, est soupçonné d'être impliqué dans le versement de 10 millions de dollars sur des comptes gérés par Jack Warner. Valcke a assuré qu'il n'avait "aucun reproche" à se faire.
L'autre question en suspens concerne la succession de M. Blatter.
L'équipe du prince jordanien Ali Bin Hussein, qui avait poussé Blatter au deuxième tour vendredi avant de se retirer, a assuré qu'il était "prêt à prendre la tête de la Fifa à tout moment, si on lui demande".
L'ancien international brésilien Zico et l'ex-vice président sud-coréen de la Fifa Chung Mong-joon s'interrogent également sur une possible candidature.
Les Européens auront aussi leur mot à dire, notamment leur président Michel Platini, 59 ans, qui a annoncé le report d'une réunion de l'UEFA prévue samedi à Berlin où les dirigeants européens devaient définir leurs relations futures avec la Fifa.
(Avec AFP)