On s’en doutait mais vu qu’Israéliens et Palestiniens sont en état de guerre depuis des décennies, la Rand le répète, chiffres, méthodes de calcul et calculatrice à l’appui: la paix est plus rentable que la guerre.
Principales conclusions: une solution deux peuples-deux Etats apporterait un bénéfice global de 173 milliards de dollars aux PIB israélien et palestinien sur 10 ans, dont 123 MM pour Israël et 50 MM pour la Palestine. La population israélienne est estimée à 7,5 millions et la palestinienne à 4 millions. Le PIB israélien est estimé à 295 MM $ en 2014 (35.900 $ per capita) et le PIB palestinien à 14 MM$ (2.890 $ per capita).
Dans les calculs de l’étude de la Rand, la Palestine inclut la Cisjordanie, Gaza et Jérusalem-Est.
Quels sont les coûts et les bénéfices pour les Israéliens et les Palestiniens si l’impasse actuelle se poursuit encore pendant 10 ans ? Quels facteurs non-économiques peuvent influer sur l’attitude des parties au conflit? Et enfin quelles sont les implications à long terme pour la Cisjordanie, Gaza, Israël et la communauté internationale de la persistance de cette impasse?
Pour répondre à ces questions, la Rand a affiné un modèle économique portant sur les coûts des conflits avec l’élaboration d’une calculatrice de coûts. La méthode n’est pas inédite en soi, mais elle est élargie et prend en compte plus de possibles évolutions positives ou négatives.
Le constat de départ est celui que de nombreux observateurs font: la durée du conflit israélo-palestinien approche le siècle, selon que l’on prend en référence les accords Sykes-Picot de 1916, la déclaration de Balfour de 1917 ou la guerre de 1948. Malgré les milliards de dollars dépensés, les centaines d’initiatives diplomatiques et politiques, les actes de terreur et la répression, l’impasse est totale et les conflits armés réguliers et meurtriers.
Ainsi cette semaine, alors que moins d’une année est passée après la guerre à Gaza en août 2014, combattants du Hamas et armée israélienne se tiennent prêts à un nouvel affrontement.
5 choix politiques, 7 points de conclusions
L’étude de la Rand analyse les coûts et les bénéfices de cinq choix politiques au cours des 10 prochaines années:
1. Une solution deux peuples-deux Etats;
2. Un retrait unilatéral coordonné des troupes israéliennes de la Cisjordanie;
3. Un retrait unilatéral non coordonné;
4. La résistance non violente et,
5. Un soulèvement violent.
Pour chaque alternative, le coût économique est calculé avec ses coûts sécuritaires; les coûts immatériels ne sont pas ignorés ainsi que le coût pour la communauté internationale. La Rand ne cache pas qu’à travers cette étude, « elle vise à donner aux différentes parties au conflit une information complète et crédible sur les choix disponibles et leurs coûts et possibles conséquences».
Au terme de son étude, la Rand arrive à sept points de conclusion dont la plus importante est la suivante:
1. Une solution deux peuples-deux Etats constitue de loin la meilleure voie économique pour les Israéliens et les Palestiniens. Le gain de PIB pour les Israéliens serait de 123 MM$ en 10 ans et pour les Palestiniens de 50 MM$.
2. Le gain per capita est plus important pour les Palestiniens.
3. La pire des solutions: un retour à la violence aurait des conséquences économiques négatives pour les deux parties ; la chute du PIB israélien est estimée à -10% d’ici 2024 et à -46% pour la Cisjordanie et Gaza.
4. Dans la plupart des scénarios, la valeur des opportunités économiques perdues ou gagnées par les deux parties est plus importante que les changements attendus en termes de coûts.
5. Un retrait unilatéral par Israël de la Cisjordanie aura un coût important pour les Israéliens sauf si la communauté internationale aide à financer la relocalisation des colons.
6. Des facteurs intangibles tels que les aspirations à la sécurité et à la souveraineté pour les deux parties constituent des considérations critiques pour comprendre et résoudre l’impasse.
7. Pour saisir les avantages de la solution deux peuples-deux Etats, d’importants investissements publics et privés israéliens, palestiniens et par la communauté internationale seront nécessaires.
Sur le site web de la Rand, l’étude est présentée sous forme d’un résumé de trois pages et d’une synthèse de l’étude en 50 pages avec cartes et glossaire israélo-palestinien.