Le Ministère de l’intérieur a annoncé jeudi 11 juin l’expulsion de deux ressortissants étrangers du territoire national pour avoir réalisé une enquête de terrain sur la situation des immigrants et demandeurs d'asile au Maroc, «sans obtenir au préalable l'autorisation des autorités compétentes» annonce une dépêche MAP.
Il s’agit de deux travailleurs d’Amnesty International, John Dalhuisen, Directeur Europe et Asie Centrale d’Amnesty International, et Irem Ark, chercheur sur les droits des réfugiés et des migrants, venus enquêter sur la situation des migrants et des réfugiés aux frontières marocaines autour des enclaves espagnoles, informe un communiqué de l’ONG.
Le communiqué de l’ONG affirme que la police a arrêté ses membres à Rabat et Oujda en fin de matinée, que ces derniers se sont vus confisquer leur passeport et interroger pendant plusieurs heures, avant d’être menés à l’aéroport pour une reconduite à Paris et Londres.
“La décision d’expulser notre équipe du Maroc alors qu’elle commençait son investigation sur la situation des droits de l’homme des migrants et des réfugiés soulève de sérieuses suspicions que les autorités ont quelque chose à cacher», a déclaré Anna Neistat, Directeur de la recherche à Amnesty International.
D’après la communication du Ministère de l’Intérieur, les autorités marocaines avaient demandé à Amnesty International de ne pas effectuer cette mission jusqu’à la conclusion d’un accord entre les deux parties. Pour Amnesty, l’équipe a été expulsée malgré le fait d’avoir préalablement informé les autorités de sa visite. L’ONG dit avoir reçu les assurances verbales et écrites, les plus récentes en mai lors d’une réunion avec des officiels marocains, que l’organisation pourrait effectuer une visite du pays sans être requis d’obtenir des autorisations préalables.
L’ONG a rappelé dans son communiqué qu’il ne s’agissait pas de la première fois que son travail était empêché sur le territoire marocain.
Entre 1990 et 1993, Amnesty International était interdit d’accès sur le territoire marocain. Depuis cette date, l’ONG n’avait été l’objet d’aucune restriction de visite jusqu’à octobre 2014.
Un rapport du Comité pour la prévention de la torture et des peines ou traitements inhumains ou dégradants (CPT) du Conseil de l’Europe d’Avril 2015 sur le traitement des migrants en situation irrégulière interceptés dans l’enclave de Melilla, soulignait les nombreuses allégations de recours excessif à la force par la Guardia Civil et les Forces Auxiliaires marocaines. Les migrants en situation irrégulière relataient des faits de violence physique exercés par les FAM, après leur arrestation à l’intérieur du territoire espagnol ou lorsqu’ils étaient renvoyés au Maroc par les agents de la Guardia Civil.