Le tableau de Gharbaoui ayant atteint un prix historique mais virtuel lors d’une vente aux enchères de la maison Million à Paris va-t-il rester à l’étranger?

Le dépôt d’une plainte au tribunal civil de Paris par la famille Chenouf pour récupérer cette œuvre empêche pour le moment son retour au Maroc et sa restitution à son dernier propriétaire qui est marocain.

Tout commence avec l’adjudication avortée qui braque les projecteurs sur cette toile de Gharbaoui.

Une famille de Marocains habitant Paris qui l’avaient vendu au grand artiste Farid Belkahia contre deux de ses œuvres soutiennent que le défunt artiste n’a pas livré la contrepartie du marché.

D’après eux, Belkahia l’avait revendu à la galerie Matisse sans honorer sa parole et la galerie casablancaise l’a cédé à son tour à un collectionneur marocain.

C’est ce dernier qui l’a mis aux enchères la semaine dernière à Paris lors de la vente de la maison Million. Adjugée au prix mirobolant de 660.000 euros avant de se voir retirer de la vente, le tableau est désormais sous le coup d’une interdiction de quitter le territoire français avant jugement.

A travers les ventes à l’étranger, certains se félicitent d’une reconnaissance internationale de la création nationale. Mais d’autres ne manquent pas de dénoncer un appauvrissement du patrimoine national.

Dans de nombreux pays développés, il est impossible d’exporter des œuvres d’art sans autorisation préalable des autorités culturelles. Au Maroc, l’exportation est assez facile, même s’il arrive que la douane exige des autorisations. L’appel d’air vers l’exportation est facilité par le fait que les prix des œuvres, voire la cote des artistes marocains, est plus élevée à l’étranger.

Interrogé pour savoir si l’exportation de ce type d’œuvres ne nuit pas aux intérêts culturels du Maroc, Mehdi Qotbi, président de la fondation des musées du Maroc (FNMM) affirme qu’hormis les œuvres classées par le ministère de la Culture, les autres peuvent se vendre à l’étranger.

Malgré nos nombreuses tentatives de savoir quel type d’œuvres étaient réglementées ou pas pour sortir du Maroc, nous n’avons pu joindre ni Amine Sbihi, ministre de la Culture ni son cabinet.

A la question de savoir pourquoi la FNMM ne se porte pas volontaire à l’étranger pour acheter et rapatrier des œuvres majeures comme le fameux tableau de Gharbaoui, Mehdi Qotbi révèle:

«Nous allons créer une commission d’acquisition pour acheter plusieurs œuvres chaque année. Cependant, nous n’aurons pas la surface financière pour acquérir des œuvres comme le Gharbaoui qui a atteint 700.000 euros car notre budget annuel sera compris entre 6 et 10 millions de dirhams».

Pour Qotbi, la vente parisienne du Gharbaoui ou du Saladi (460.000 euros) ne doit pas être vécue comme une perte pour le patrimoine national mais au contraire comme «une reconnaissance internationale qui contribuera à augmenter la cote des artistes marocains».

«Tout en respectant la procédure de quitus du ministère de la culture, nous devons laisser migrer les œuvres des artistes à l’étranger car c’est une formidable opération de communication pour le pays».

En tant que peintre, le président de la FNMM se réjouit du fait que la peinture marocaine atteigne désormais de tels niveaux de prix à l’international: «Je trouve cela magnifique pour la création».

Il cite l’exemple du Saladi qui va pousser les prix à la hausse en profitant à l’ensemble des artistes marocains tout en se félicitant que l’acquéreur auteur du coup d’éclat financier soit marocain.

«Je peux vous révéler que cette œuvre [L’offrande, de Saldi] sera rapatriée au Maroc car je connais personnellement son nouvel acquéreur».

Contacté par Médias 24, Alexandre Millon propriétaire de la maison de ventes éponyme confirme que le Gharbaoui fait l’objet d’une procédure judiciaire empêchant son rapatriement au Maroc.

Voulant protéger l’identité et la nationalité de l’acquéreur du Saladi, il laisse cependant entendre que le tableau intitulé «L’offrande» reviendra  dans un pays du Maghreb.

«Quoi qu’en disent certains qui dénoncent l’acquisition des œuvres marocaines à l’étranger, nous sommes loin d’être devant un phénomène de pillage, car nous sommes loin d’être à la 1000e vente».

Libérer la circulation internationale des œuvres permettra certainement d’encourager l’essor du secteur de l’art mais cela ne suffira pas sans un marché mieux réglementé et plus transparent.